31 mars 2022

La collection d’art contemporain de Station F

Les coulisses
par Marie-Amandine Brunelle, Emmanuelle Le Cadre, Marie Camus

Station F, le plus grand incubateur de Start-up au monde, est installé depuis sa création en 2017 dans la Halle Freyssinet. Chef-d'œuvre d'architecture industrielle, cette construction monumentale toute en béton a des allures d'église avec ses trois travées voûtées soutenues par des poteaux, structure qui s’efface presque, quand on se retrouve face aux grandes baies vitrées qui constituent l’ensemble des façades. Cette halle de messagerie de fret, installée non loin des rails de la Gare d’Austerlitz dans le 13e arrondissement, a été construite entre 1926 et 1929, par l’ingénieur Eugène Freyssinet de qui elle tient son nom. A l’intérieur de l’incubateur sont présentées quelques-unes des œuvres de la collection du fondateur de la Station F, Xavier Niel, dont voici les plus emblématiques ...

Urs Fischer, Arc, 2016

Cette arche monumentale (11 mètres de haut) est l’œuvre de l’artiste suisse Urs Fischer. Réalisée en aluminium, cette sculpture brillante présente des formes arrondies et un aspect asymétrique. Impossible de passer à côté de ce monument lorsque l’on souhaite rentrer dans la Station F, elle se situe sur le parvis extérieur. C’est l’une des seules œuvres accessibles depuis l’espace public.

L’œuvre est une commande de Xavier Niel et d’après les éléments émis lors de son récent discours d’inauguration en février 2022, cette œuvre - plus technique qu’il n’y paraît - renforce les liens entre le monde de l’art et celui de l’entreprenariat : technique, audace et créativité. 

Le nom de Urs Fischer vous dit quelque chose ? Nous vous avons déjà parlé de cet artiste star du marché de l’art dans notre article sur l’ouverture de la Bourse du Commerce et la Collection Pinault.

Takashi Murakami, Arhat Robot, 2016

Cet autoportrait facétieux de Takashi Murakami est pleinement révélateur de la démarche de l'artiste japonais, qui hybride, dans son œuvre, des éléments de la culture populaire et les traditions japonaises.

Avec Arhat Robot, Murakami s’inscrit dans le culte ancien des Arhats, ces disciples clairvoyants de Bouddha qui ont dépassé les vices et atteint le stade ultime de l’illumination.

Mais l'arhat-Murakami se présente ici sous l'aspect d'un androïde, intégrant ainsi  les problématiques de notre monde contemporain de plus en plus robotisé. L’artiste lui donne également un côté pop avec son double visage aux yeux mouvants, tel un personnage de cartoon. L'ironie et la farce, caractéristiques de l’œuvre de Murakami, appuient le contraste des mondes. Ce contraste est encore plus fort lorsque l’on comprend que ce drôle d'humanoïde récite le « Sūtra du Cœur », texte fondamental du Bouddhisme. 

Se posent alors quelques questions : L’arhat de IIIe millénaire sera-t-il humanoïde ? Le robot remplacera-t-il les figures cultuelles de nos croyances ancestrales ?

Jeff Koons, Play-doh, 2014

L’œuvre intitulée Play-doh utilise un procédé classique de l’art de Jeff Koons : agrandir un objet banal et kitsch faisant partie du monde de l’enfance. Ici, une montagne multicolore de pâte à modeler est reproduite en aluminium et agrandie de plusieurs mètres. Comme souvent dans les œuvres de cet artiste américain, la technique contraste avec l’apparente facilité du sujet : les craquements de la pâte à modeler sont reproduits au millimètre près et la texture semble tout à fait malléable.

Dans cette œuvre (série datant de 1994 à 2004), Jeff Koons joue sur les contrastes et pose des questions sur le principe même d’une œuvre d’art : 

qui est l’artiste?  L’homme sur le devant de la scène artistique ou l’enfant à la création “pure”? L’art doit-il forcément être monumental et pérenne ? L’artiste doit-il forcément maîtriser une technique et un savoir-faire ? Le beau peut-il se trouver dans le quotidien ? Y-a-t-il des sources d’inspiration plus nobles que d’autres ? 

Une vraie réflexion philosophique dans la lignée de Marcel Duchamp, on vous laisse choisir vos réponses !

Shepard Fairey, Peace, 2021

Dans tous les recoins de Station F se cachent des œuvres d’art, et pas des moindres: dans une des mezzanines du premier étage, on découvre une sérigraphie du street artiste Shepard Fairey, qui s’est notamment rendu célèbre en créant l’affiche de la campagne de Barack Obama, “Hope”, en 2008.


Peace, l’oeuvre de Station F est installée en écho à une des particularités du 13e arrondissement : les grandes fresques réalisées par l’artiste en 2012 et 2016, visibles sur le boulevard Auriol (« Delicate Balance »  au 60 rue Jeanne d’Arc, « Liberté, égalité, fraternité » au 186 rue Nationale et au 93 rue Jeanne d’Arc « Revolution 2 ») tout à côté de la Station F, mais aussi à la Galerie Itinerrance, également dans le 13e arrondissement, qui représente l’artiste en France.

Les deux oeuvres suivantes se trouvent dans une partie encore plus confidentielle de Station F, l'espace "Create", réservé aux Start-ups incubées (alors que les oeuvres précédentes sont dans la partie "Share, destinée à organiser des réunions et événements) ...

Levalet, Sur écoute, 2018

Entre architecture, dessin et théâtre, Levalet (Charles Leval de son vrai nom), explore et exploite le potentiel narratif de la rue. 

L'image est toujours composée en fonction du lieu qui a interpellé le regard de l'artiste. Et ses dessins urbains (composés à l’encre de chine sur papier fin) présentent des personnages grandeur nature, - inspirés de son entourage ou de comédiens -, qui se trouvent dans des situations bien souvent cocasses. 

Insérés au cœur de l’environnement urbain, ces collages composent alors une véritable scène, dynamique et insolite, qui révèle les dérives et autres absurdités de notre monde actuel. 

Sur écoute… a ce côté désuet qui rend ses œuvres aussi touchantes qu’impertinentes.

Ai Weiwei, Iron tree trunk, 2015

Reliant les énergies terrestres aux énergies célestes, l’arbre est cet élément naturel qui triomphe du temps. Mais il est aussi un symbole chinois important.

Représenté par le sinogramme MU qui signifie « bois » - l'un des cinq éléments de la cosmogonie chinoise -, il évoque le renouvellement, le cycle de la vie, l’univers en perpétuelle mutation.

Artiste engagé, Ai Weiwei s’intéresse de près aux traditions chinoises et à leur héritage, faisant de l’art le lieu d’une interrogation sur la destruction et la préservation de celui-ci. Dans sa série des arbres, il fait écho au commerce traditionnel des morceaux d’arbres de la ville de Jingdezhen, dans le sud de la Chine. Ces tronceaux de bois aux formes souvent complexes sont acquis par les habitants pour orner les maisons, tels des objets de contemplation.  

Ai Weiwei semble ici pousser à l’extrême ce statut, en métamorphosant l’arbre naturel en véritable artefact.

A travers l'emploi de la fonte, l'art semble alors rivaliser avec la nature, procurant à l’arbre, - plus qu’une longévité -, une véritable éternité.

De nombreuses autres oeuvres d'art sont présentées à Station F, dont celles de la collection d'art urbain de Nicolas Laugero Lasserre, dont on sera ravies de vous reparler dans un prochain article !

Nous avons pu vous présenter ces oeuvres grâce à Exwayz, start-up incubée à Station F, qui nous a invitées à venir les découvrir, un grand merci à eux !

... Découvrez ci-dessous le Scan 3D qu'ils ont réalisé de l'Arc d'Urs Fischer !

N.B.: Les œuvres dont on vous a parlé ne sont pas accessibles au grand public mais vous pouvez en revanche tout à fait entrer dans le bâtiment en vous rendant à la Felicità, le génial et gigantesque restaurant italien installé dans la partie sud de la Halle Freyssinet.

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