« A nation stays alive when its culture stays alive ». Cette phrase, affichée (cf. photo ci-contre) puis gravée dans la pierre à l’entrée du musée national afghan à Kaboul, est devenue la devise du musée. 

Que faire face à l’horreur en Afghanistan ? Du côté de l’art et des musées, à priori pas grand chose. Mais parler de la culture et des richesses patrimoniales de ce pays nous permet de ne pas oublier que l'Afghanistan est une grande terre d’histoire dont l’identité est loin de se réduire aux talibans et aux valeurs inhumaines qu’ils véhiculent. 

Situé sur la route de la soie, au cœur des échanges commerciaux entre la Chine et l’Occident, l’Afghanistan possède un patrimoine culturel riche et varié, dû aux influences des différentes civilisations qui ont vécu ou transité par le pays. Le caractère multiculturel fait partie et est même constitutif de l’histoire et de l’identité de l’Afghanistan.


Trois sites patrimoniaux majeurs afghans

1.Les deux Bouddhas de Bâmiyân

Edifiés entre 300 et 700 ap. J.-C., mesurant respectivement 55 et 38 mètres, ces deux sculptures monumentales ont été détruites en mars 2001 par les talibans, quelques mois avant les attentats du World Trade Center. 

« Acte de destruction délibéré, motivé par une idéologie extrémiste visant à détruire la culture, l'identité et l'histoire, la perte des Bouddhas a révélé comment la destruction du patrimoine pouvait être utilisée comme une arme contre les populations locales. »

Ernesto Ottone R., Sous-directeur général de l'UNESCO pour la culture, 11 mars 2021

Ces deux Bouddhas se trouvaient à Bâmiyân, une vallée située à l’est de l’Afghanistan. Sculptés directement dans les falaises, ils intégraient diverses influences culturelles pour former l’école d’art bouddhique du Gandhara. Autour d’eux, dans les falaises également, de très nombreuses grottes, formant un vaste ensemble de monastères, de chapelles et de sanctuaires bouddhistes datant du IIIe au Ve siècle sont toujours visibles, et dans certaines se trouvent des vestiges de peintures murales. Ces vestiges constituaient l'un des plus importants centres bouddhistes sur la route de la soie, témoignant des influences indienne, hellénistique, romaine et sassanide, qui ont servi de base au développement de l'école du Gandhara. 

Cela fait cette année vingt ans que les deux Bouddhas ont été détruits. Le musée Guimet leur rend hommage avec l’exposition « Des images et des hommes », que vous pouvez visiter jusqu’au 18 septembre 2021.

Un autre hommage à ces sculptures monumentales leur avait été rendu dans ce même musée, cette fois par Prune Nourry (dont Marie vous avait parlé dans l'un de nos Apéros Arty), dans son exposition « Holy » en 2017 : dans les salles du musée apparaissaient les fragments d’un Bouddha monumental conçu in situ par l’artiste et dont le pied géant, installé dans la cour khmère, introduit le déploiement vertical du corps du Bouddha, la tête se trouvant au dernier étage, sous la rotonde. 


2. Le Minaret de Djam

Chef-d’oeuvre architectural inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO qui n'a été redécouvert qu'à la fin du XIXe siècle, ce minaret fut édifié en 1194 sous le sultanat de Ghiyas-od-din. S’il est aujourd’hui loin de toute ville (il se trouve à 1900 mètres d’altitude), il était au moment de sa construction dans la ville de Firuzkoh, capitale de la dynastie Ghoride. Haut de 65 mètres, le minaret est décoré de briques formant un réseau ornemental complexe et d’une frise décorée d’inscriptions en céramique turquoise à la gloire du sultan. Il témoigne de l’ingéniosité et du talent des artistes au travail à cette époque en Asie Centrale, et influença d’autres réalisations jusqu’en Inde. 


3. La Grande mosquée du vendredi ou Mosquée bleue à Hérat 

Edifiée en premier lieu au XIe siècle, la mosquée a été à plusieurs reprises détruite puis reconstruite. Impressionnante par sa taille et son décor de faïence émaillée bleue, la Grande mosquée du vendredi est une des réalisations architecturales les plus impressionnantes d’Afghanistan. Son plan, composé d’une grande cour autour de laquelle s’articulent des iwan (salles voutées) et un grand pavillon à coupole, est caractéristique de la tradition seljoukide arrivée d’Iran. 


Tillia Tepe: l'histoire romanesque d'un trésor

L’histoire de ce trésor, ou plutôt l’histoire de sa sauvegarde, est assez extraordinaire. Il s’agit d’un trésor composé de 21 000 pièces découvert en 1978 lors de fouilles d’un tell de l’âge de bronze. Issus de six sépultures, beaucoup des éléments sont des bijoux en or turquoise et lapis-lazuli d’un grand raffinement.

Un des objets les plus impressionnants est la Couronne à décor d’oiseaux retrouvée dans la tombe n°6, sépulture d’une jeune femme. Elle présente un décor impressionnant d’oiseaux et d’arbres. Ces sépultures sont celles de nomades, et cette couronne en témoigne : elle avait été conçue pour pouvoir être démontée afin d’être facilement transportable.

Ce trésor fut découvert tout juste avant l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979 qui ne permit pas de continuer les fouilles. La situation du pays se dégradant, les responsables du musée national de Kaboul proposèrent en 1988 au président Mohammed Nadjibullah de transférer une partie des oeuvres du musée, dont le trésor de Tillia Tepe, dans un lieu sécurisé. On a alors cru le trésor perdu pour toujours, tant le secret était bien gardé. Il ne réapparut qu’en 2003. A ce moment là et jusqu’en 2015, le trésor part faire le tour du monde, en commençant par le musée Guimet à Paris. A l'issue de cette "tournée" mondiale, le trésor devait retourner à Kaboul dans le nouveau musée national afghan, dont une grande partie des collections a été détruite, mais ce retour est retardé du fait de la situation instable du pays et du risque de destruction des objets.


Et à Paris, où découvrir l’art afghan ?

Au Louvre, et dans plusieurs départements du musée : dans le département des antiquités orientales d’abord, la Princesse de Bactriane, statuette votive de divinité féminine, datant  du début du IIe millénaire av. J.‑C. est un chef-d’oeuvre du musée. 

Dans le département des arts de l’Islam, le Louvre conserve un petit ensemble de céramiques de la ville fortifiée de Shahr-e Gholghola, dans la vallée de Bâmiyân (dans la même vallée où se trouvaient les Bouddhas monumentaux).

Le Louvre conserve également de belles pages de miniatures persanes provenant de la ville d'Hérat (où se trouve la Mosquée Bleue), qui fut un des plus grands centres d’enluminure, et ce à partir du XVe siècle. La page représentant Le prince Humay rencontre en rêve la princesse Humayun, peinte vers 1430-40 est une merveille de raffinement. Dans un jardin clos par une balustrade rouge, le prince Humay voit apparaître la princesse Humayun dont il est tombé amoureux. La scène, tirée d'un roman en vers du poète Khwaju Kirmani est un classique de la poésie arabe et persane.

Au musée Guimet : Parmi les chefs-d’oeuvre de l’art afghan du musée, vous pouvez admirer des hauts-reliefs en stuc comme le Bodhisattva Maitreya, « le génie d’André Malraux » (IVe – Ve siècle, stuc, 55 x 34 x 19 cm), provenant de la collection d’André Malraux ou le Génie aux fleurs (IVe-Ve siècle, stuc). Tous deux, caractéristiques du style Gandhara, mêlent influences hellénisantes et indiennes dans la forme et des ateliers gréco-romains d'Alexandrie dans la technique du stuc.

Avez-vous suivi les travaux de rénovation du musée de l’Orangerie ? Si ce n’est pas le cas, pas de panique ! Nous faisons le point ici avec vous.

Vue des collections permanentes, musée de l'Orangerie - juin 2021

Le musée conserve les célèbres Nymphéas de Claude Monet, œuvres conçues par l’artiste pour offrir aux parisiens « un havre de paix » après les traumatismes de la Première Guerre Mondiale. La salle en forme du signe de l’infini pensée par Claude Monet n’a pas subi de modification. C’est toujours un réel plaisir de venir s’y délecter seul ou en famille – vos enfants auront toute la place nécessaire pour y dessiner ! La salle des Nymphéas fut le seul espace ouvert durant les travaux.

Ces travaux ont concerné uniquement le sous-sol où sont présentées les collections permanentes. Le chantier a commencé au début du mois de septembre 2019 mais il fut perturbé à cause la crise sanitaire. La réouverture a dû être reportée au 16 septembre 2020 avant de subir, par la suite, d’autres fermetures dans le contexte du confinement.

Mais depuis plusieurs mois maintenant, vous pouvez enfin vous rendre au musée de l’Orangerie (attention il faut réserver) pour appréhender les nouveaux espaces et retrouver ses chefs-d’œuvre, comme Les Trois Sœurs de Matisse ou La Barque et les baigneurs de Cézanne.

Henri Matisse, Les Trois Soeurs, 1916-1917, huile sur toile

Après avoir descendu l’escalier, vous serez accueilli.e.s par un polyptyque daté de 1980 de l’artiste américaine Joan Mitchell. La directrice du Musée – Cécile Debray –  gère la programmation de manière à créer des dialogues avec la création contemporaine et à mettre en lumière les artistes femmes. Chez ma-tisse, on aime particulièrement ses choix et sa vision de l’histoire de l’art. D'ailleurs la nouvelle salle créée pour exposer un contrepoint contemporain aux Nymphéas propose, jusqu’au 6 septembre 2021, une installation de l’artiste française Isabelle Cornaro.

Vue de la salle Paul Cézanne, musée de l'Orangerie - juin 2021

Mais vous pouvez également redécouvrir la salle des collections Paul Guillaume et Jean Walter dont les œuvres constituent le fond du Musée. L’espace qui suit met en dialogue des œuvres de Picasso et Modigliani, une belle introduction dans l’Ecole de Paris du XXe siècle. La rénovation se fait réellement sentir dans les salles qui suivent. En effet, les anciens espaces ont été divisés pour former des salles monographiques. Les salles ont été pensées pour offrir une rencontre plus intimiste avec les œuvres. Cézanne, comme Renoir ou Soutine, ont donc leur propre pièce. Certains artistes partagent le même espace mais les cimaises sont clairement distinctes comme pour André Derain et Marie Laurencin. Les cimaises blanches et sobres sont d’ailleurs très appréciables et mettent en valeur les œuvres.

Et si, au cours de votre visite, vous désirez faire une pause, vous pouvez vous asseoir à votre guise sur les sculptures-mobiliers d’Agnès Thurnauer. Douze lettres sont réparties dans l’ensemble du musée pour former le mot "Chromatiques". En aluminium brossé, ces œuvres font partie de la série Matrices/Assises et proposent selon les termes de l'artiste "une immersion dans le langage comme espace ouvert". Car, devant une œuvre, chaque visiteur est libre de choisir ses mots et ses rêves. Et ça, chez ma-tisse : la liberté du regard et de l’échange, c’est toute notre philosophie.

Image : Agnès Thurnauer, Matrices Chromatiques, verrière du Musée de l'Orangerie

Et vous, vous la trouvez comment la rénovation du musée de l'Orangerie ?

Pour organiser une visite guidée du musée de l'Orangerie avec ma-tisse





Notre premier apéro arty intitulé « La danse dans l’art » fut consacré à la représentation de la danse dans les arts visuels. Après un bref historique de la représentation de la danse depuis les débuts de la création artistique, la conférence se consacrait au XXe siècle, siècle qui a vu la danse prendre une place importante dans les arts visuels et où, les frontières entre les arts sont devenues de plus en plus poreuses.

Nous avons notamment évoqué une œuvre au statut particulier : Column de Robert Morris. Entre sculpture, danse, théâtre et performance, Column ne se laisse pas ranger dans une case spécifique (malgré sa forme pourtant simple et précise) ! Colonne rectangulaire, l’œuvre se présente sous la forme d’un parallélépipède creux de taille humaine. Le titre originel, Box for standing, est assez éloquent. La colonne étant faite pour accueillir, en son sein, une personne debout. 

En 1961, Robert Morris, jusqu’ici peintre, crée cet objet tridimensionnel. Il ne présente pas celui-ci dans un lieu d’exposition traditionnel, mais il l’expose sur scène, dans ce que l’on peut aussi appeler : la black box (contrastant ainsi avec le White cube désignant les galeries et musées aux murs vierges et blancs). 

A la différence d’une sculpture exposée autour de laquelle le spectateur est amené à bouger ; ici c’est le spectateur, immobile sur son siège qui attend que ça bouge. Après quelques minutes sans que rien ne se passe, la boîte ou colonne … tombe ; pour demeurer de nouveau immobile à l’horizontal pendant trois minutes et demie.

Cet élément stable, vertical, censé servir de support : Column, constitue finalement l’histoire d’une chute ! Une chute simple mais nette : une chute de la sculpture - traditionnellement immobile - dans le spectacle vivant, espace de l’éphémère et de la performance.

Mais tout cela finalement, c’est aussi l’histoire de la vie, celle d’une chute de la verticalité à l’horizontalité, celle d’un corps debout à un corps allongé, celle d’une immobilité dans le mouvement. Celle de la sculpture dans la danse !





Les musées sont fermés mais pas les lieux de culte ! Voici notre petite sélection d’œuvres d’art à voir dans les églises parisiennes.

Peintures murales de Delacroix, Eglise Saint-Sulpice, 75006

Dès l’entrée sur votre droite, vous pourrez découvrir la chapelle des Saints-Anges recouvertes de peintures murales de Delacroix (1798-1863). Pour réaliser ces grands ensembles, Delacroix s’installe dans un atelier à proximité du chantier (rue de Fürstenberg, aujourd’hui musée Delacroix). Les peintures sont terminées en 1861, deux ans avant la mort du peintre.

Triptyque de Keith Haring, Eglise Saint-Eustache, 75001

Dans la chapelle Saint-Vincent de Paul de l'Eglise Saint-Eustache, vous trouverez un triptyque en bronze et en patine d’or blanc de l’artiste new-yorkais Keith Haring. Cette sculpture a été réalisée peu avant sa mort en 1990, après la connaissance de sa séropositivité. Keith Haring est décédé avant les neufs éditions de son triptyque mais selon son souhait, un exemplaire est offert à l’Eglise Saint-Eustache. Sur le panneau du centre, Dieu le père étend ses multiples bras sur l’humanité.

Vitraux de Jean Bazaine, Eglise Saint-Séverin, 75005

Dans le déambulatoire de l’Eglise vous allez découvrir ou redécouvrir les vitraux abstraits de Jean Bazaine (1904-2001). Ces huit baies, de taille et de fenêtrage différents, furent réalisées entre 1964 et 1969. Ici les formes et les couleurs dialoguent avec la lumière pour vous faire vivre une expérience esthétique toujours unique.

Peinture murale de Maurice Denis, Eglise du Saint-Esprit, 75012

Vous ne pouvez pas louper cette peinture monumentale de 15m de haut sur le mur du fond de l’abside, représentant l’épisode de la Pentecôte. Maurice Denis (1870-1943) a réalisé plusieurs fresques religieuses dans des Églises françaises, celle-ci reste la plus vaste de par ses dimensions. Le déplacement dans cette Eglise de béton armé vous offrira également un aperçu intéressant de l’art des années 30 en France.

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