En panne d’inspiration pour les cadeaux de Noël ?! Et si vous offriez un roman graphique pour faire découvrir un artiste ? On vous partage notre sélection de petits prix et grande qualité !

1. Georgia O'Keeffe, amazone de l'art moderne, aux éditions Steinkis et Centre Pompidou

Notre choix de prédilection se portera sur le travail de Luca de Santis et de Sara Colaone qui retrace avec beaucoup de recherches et d’intelligence la carrière de Georgia O’Keeffe (1887-1986). Cet ouvrage correspond particulièrement bien à sa récente actualité avec la rétrospective du Centre Pompidou. Une bonne façon de prolonger la visite ou de découvrir tranquillement depuis chez soi l’œuvre et la vie de cette américaine, trop souvent réduite à ses peintures de fleurs.  

Prix : 24€

Sur Georgia O’Keeffe, nous vous recommandons également le podcast produit par Femmes d’art dont nous avons déjà salué la qualité de travail.   

2. L'Artiste contemporain de Nathalie Heinich et Benoît Feroumont au édition Lombard

Dans un autre état d’esprit, vous pouvez également choisir l’ouvrage « L’artiste contemporain » de la série La Petite Bédéthèque des savoirs. Les textes sont de Nathalie Heinich, sociologue et spécialiste de l’art contemporain à qui nous devons plusieurs travaux essentiels depuis le début des années 90. Ne vous fiez pas à sa petite taille, l’ouvrage est très complet et aborde l’ensemble des clichés que nous pourrions avoir sur les artistes d'aujourd’hui.

Prix : 10€

Cette BD est une mine d’informations pour décrypter le fonctionnement des institutions et les principes de reconnaissance grâce au scénario d’une spécialiste.  

3. Un monde d'art brut de Oriol Malet et Christian Berst aux éditions Delcourt

Un monde d’art brut est également une BD écrite par un spécialiste, le galeriste parisien Christian Berst. L’histoire se concentre sur six acteurs majeurs de l’art brut et explique des œuvres précises.

Le scénario - la préparation d’une exposition - est un prétexte pour expliquer les principes et enjeux de l’Art Brut.

Prix : 17,95€

D’ailleurs, si vous avez envie de découvrir les œuvres en vrai, n’hésitez pas à réserver une visite du Lam de Villeneuve d’Ascq dont la collection d’art brut comporte pas moins de 3500 œuvres !

4. Photographix de Vincent Burgeon au édition Dunod

Edité en octobre 2021, cet ouvrage est un condensé d’informations et d’explications. Divisé en neuf chapitres, le livre permet de comprendre les évolutions techniques, les grandes figures historiques et les œuvres icônes. Un vrai parcours à travers le temps et l’espace pour suivre cette passionnante et si importante histoire de la photographie.

Un ouvrage à garder à portée de main pour remettre la photographie dans son contexte lors d’un petit doute.

Prix : 19€

5. La Casa Azul de Tyto Alba au édition Vertige Graphic

Aujourd’hui musée, la Casa Azul était la maison de l’artiste mexicaine Frida Kahlo (1907-1954). Mais ici, Frida Kahlo n’est pas la seule héroïne, elle partage la vedette avec Chavela Vargas, l’icône de la chanson traditionnelle mexicaine. En effet, les deux femmes, en avance sur leur temps, et, chacune avec sa forte personnalité ont cohabité un temps dans cette maison. Et c'est un excellent point de départ de narration !

Prix : 15€

6. Hokusai, à la découverte du Japon de Giuseppe Matanza et Francesco Matteuzzi au édition Seuil

Plus classique mais qui reste une valeur sûre, vous pouvez offrir ce roman sur Hokusai (1760-1849) de Giuseppe Matanza et Francesco Matteuzzi. En effet, ce n’est pas le premier roman graphique sur l’artiste japonais, mais sa lecture est agréable et le contenu intéressant pour une première approche de l’œuvre de l'artiste.

Prix : 19€


Et pour les plus jeunes vous pouvez avoir confiance dans le très bon ouvrage sur Agnès Varda (1928-2019) de Perrine Bonafos et Jennifer Bourdon édité par Les minis Confettis.

La qualité des illustrations et des références feront plaisir aux petits comme aux plus grands !

Prix : 15€

Et vous, quelles sont vos recommandations de romans graphiques sur les artistes et les musées à nous partager ?

Françoise Gilot, qu'on connait surtout pour avoir été la compagne de Picasso pendant 10 ans, est aussi et surtout peintre. Elle a 100 ans aujourd’hui, l’occasion pour nous de revenir sur son oeuvre et sa vie hors du commun.

Chez ma-tisse, nous avons toutes les trois été guides au musée Picasso: on connait bien l'artiste et l'homme, le génie et son côté sombre. Mais on ne parle que trop rarement des femmes qui l'ont entouré autrement que pour commenter ses oeuvres ou sa biographie. Françoise Gilot fait partie de ces femmes.

Françoise Gilot dans son atelier de New York en 2019, photo de Stephen Kent Johnson

Elle a elle-même raconté sa vie, du moins sa jeunesse, dans un ouvrage autobiographique publié pour la première fois en 1964, Vivre avec Picasso, dans lequel elle raconte les dix ans qu’elle a passé auprès de Picasso (on vous en recommande vivement la lecture !).

Née en 1921 à Neuilly-sur-Seine, sa mère, elle-même artiste (elle était céramiste), l’encourage dans cette voie. Mais c’est pour son père qu’elle commence d’abord des études de droit. Pendant l’occupation, elle est arrêtée pour avoir déposé des fleurs sur la tombe du soldat inconnu. Elle abandonne ensuite ses études pour se consacrer à l’art. Elle étudie et expose ses oeuvres.

Ci-contre: Autoportrait en noir, 1943, huile sur toile, 73 x 60 cm, Collection Francoise Gilot, New York

Elle rencontre Pablo Picasso, de 41 ans son ainé, en mai 1943 dans un restaurant parisien, non loin de l’Atelier des Grands Augustins qu’il occupait alors. Picasso fait en sorte qu’elle mette sa carrière de peintre au second plan pour se consacrer à lui, si bien qu’elle ne peint quasiment pas pendant les années où elle a vécu avec lui. Elle ne fit que des dessins, aussi exigeants dans la technique que la peinture à l’huile, mais plus légers et pratiques dans sa vie quotidienne.

Françoise Gilot, Femme à l'enfant (Autoportrait avec Paloma), 1949, crayon sur papier, 50 x 65 cm

Deux enfants naissent de sa relation avec Picasso: Claude en 1947 et Paloma en 1949. En 1953, après dix ans de relation toxique, elle parvient à quitter Picasso. Elle est la seule, parmi les nombreuses maîtresses du peintre, à être partie. Elle raconte qu’il lui dit alors: « personne ne quitte un homme comme moi » (alors qu’il entretenait déjà une autre relation avec celle qui allait devenir sa dernière compagne et épouse, Jacqueline Roque). A la suite de cette relation et surtout à la suite de la publication de son livre, Picasso utilisa son aura et son réseau pour faire en sorte qu’elle ne puisse ni exposer ni être reconnue comme artiste en France, et c’est pour cette raison qu’elle s’installe aux Etats-Unis dans les années 1960, avec son second mari Luc Simon, lui aussi peintre. Et depuis elle y vit toujours et a construit sa carrière d’artiste là-bas.

Françoise Gilot pose le problème de ces femmes qui ont gravité autour de Picasso, et qui ne sont définies qu’en fonction de lui. Si elle est connue comme la seule a l’avoir quitté, à être partie en parvenant à se libérer de son joug (elle parle dans son livre à propos de Picasso d’un « syndrome de Barbe-Bleue » …), elle mérite qu’on s’intéresse à ce qu’elle a fait ensuite, loin de Picasso qui a tenté de l’en empêcher.

Françoise Gilot, c'est MeToo. Elle affirme je ne suis pas qu'une créature, je suis une créatrice. Je ne suis pas un objet de peinture, je suis un sujet, je suis peintre.

Annie Maïllis, biographe et amie de Françoise Gilot

Françoise Gilot est presque complètement oubliée en tant qu’artiste, au moins en France, où elle est bien trop souvent seulement réduite à une des compagnes de Picasso. Ceci est bien dommage dans la mesure où elle n’a vécu aux côtés du peintre qu’une dizaine d’année. Aux États-Unis en revanche, où elle a vécu une grande partie de sa vie, elle a su se faire une place en tant qu’artiste. 

Françoise Gilot, The Earthenware, 1951, huile sur panneau, 114 x 146 cm, Collection Dr. Mel Yoakum, Californie

Ses œuvres, logiquement marquées par l’influence de celles de Picasso, dont elles reprennent un certain nombre d’éléments formels, sont, contrairement à celles du maître, dénuées de toute agressivité, préférant aux lignes anguleuses de Picasso des formes organiques et souples. En 1952 elle connait un beau succès en exposant à la Galerie Louise Leiris une série de natures mortes, ses « Cuisines », dans lesquelles elle s’inspirait des objets de son quotidien dans la maison de Vallauris.

Françoise Gilot, Runaway Comet, 1998, huile sur toile, 130 x 162 cm

Au cours des années suivantes, ses tableaux combinent les influences de Fernand Léger et d’Henri Matisse, à un moment où elle tente de s’émanciper de Picasso. Son départ aux Etats-Unis marque une rupture dans son oeuvre, où l’abstraction et le travail autour de la couleur joue alors un grand rôle.

Peinture à l’huile, dessin, monotypes – traduisent la diversité de la personnalité de Françoise Gilot :la spontanéité et la légèreté, l’expression sans retenue ni ordonnancement, vivantes dans les monotypes ; la maîtrise, la précision, la réflexivité sensibles dans les huiles, enfin la décantation du réel saisi par le crayon dans les dessins.

Annie Maïllis
Une interview de Françoise Gilot dans son atelier de New York, Tate shots, 2013 [en anglais]

En ce moment se tient une exposition au musée Estrine de Saint-Remy-de-Provence (visible jusqu’au 23 décembre), qui propose une réhabilitation de l’oeuvre de Françoise Gilot, exposant les dessins et peintures de ses années françaises.

Pour en savoir plus sur Françoise Gilot:

Un livre: Françoise Gilot et Carlton Lake, Vivre avec Picasso, 10-18, Paris, 2006

Un podcast: Picasso, séparer l’homme de l’artiste, Julie Beauzac, Venus s’épilait-elle la chatte, mai 2021

Un documentaire: Picasso et Françoise Gilot, la femme qui dit non, documentaire Arte, 2021

[En anglais] Un article du New Yorker: How Picasso’s muse became a master, Alexandra Schwartz, juillet 2019

Pour emmener des enfants au musée ou pour prolonger une visite, rien de mieux qu’un (ou plusieurs) joli.s livre.s ! On trouve de très beaux ouvrages dont certains sont devenus des classiques. Ci-dessous nos préférés !

1. Au musée d’Orsay: Mais où est-donc Pompon ? de Nicolas Piroux, aux éditions Hazan

Le très célèbre Ours du sculpteur François Pompon se cache dans 40 chefs-d’oeuvre du musée d’Orsay, permettant aux enfants d’allier observation des oeuvres et de se souvenir de ce qu’ils ont pu ou vont découvrir au musée. 

Le livre a été décliné en plusieurs versions autour des collections du musée d'Orsay (Pompon cherche sa maison et Au fil de l’eau) ainsi que du musée du Louvre: Mais où est donc hippo ?

2. Au musée du Louvre: Le Louvre raconté aux enfants de Nicolas Milovanovic, La Martinière jeunesse

Cet ouvrage a été écrit par un conservateur du département des peintures du musée du Louvre, la qualité des textes s’en ressent ! Un bel ouvrage à lire avec vos enfants pour découvrir quelques-unes des richesses du plus grand musée du monde ! 

Un livre complet et intelligent, qui saura ravir les plus curieux.

3. Un très bel album: Petit Noun - L'hippopotame bleu des bords du Nil de Géraldine Elschner, éditions de l’Elan Vert

Un bel album qui raconte l'aventure d'un petit hippopotame bleu, de l'Egypte des pharaons à la pyramide du Louvre.

Le Petit Noun s'inspire de l'iconique Hippopotame bleu en faïence du musée du Louvre et permet aux enfants d'avoir un premier aperçu de l'histoire de l'Egypte antique ainsi que des découvertes archéologiques associées.

A partir de 5 ans 

4. Pour les amateur de chats: Une journée au musée de Nia Gould, éditions Palette 

Nia Gould est une illustratrice britannique qui mêle son amour pour ses trois chats et pour les oeuvres d'art dans des créations originales et pleines d'humour.

Cet album prend la forme d'un "cherche et trouve" dans les salles d'un musée imaginé par l'artiste où les chats sont à la fois visiteurs et figurants des tableaux. En somme, un livre décalé et poétique qui séduira tout le monde !

... il existe aussi Gustave Lechat au pays des peintres qui raconte l'histoire d'un chat se promenant au musée d'Orsay et qui tombe dans les tableaux !

A partir de 7 ans

5. Le grand atelier, écrit et illustré par Les Canailles, éditions Dada

Un livre tout simplement magnifique : le duo d'illustrateurs Les Canailles a réussi à créer dans ce grand imagier une belle découverte des mécanismes de création au fil des époques et à travers le monde, en passant dans les ateliers de 16 grands artistes, de Léonard de Vinci à Jean-Michel Basquiat, en passant par Artemisia Gentileschi. Un livre pour tous, puisqu'il ne nécessite pas forcément de savoir lire : les illustrations se suffisent à elles-mêmes.

Et le plus chouette, c'est qu'il existe deux autres volumes édités par Dada pensés de la même manière, comme des imagiers : Le grand inventaire de l'art et Le grand livre des records de l'art (paru tout récemment).

Mais aussi …

Dada, une revue absolument géniale, qui permet de suivre l’actualité des musées et des expositions.

Les deux derniers numéros étaient consacrés, pour l’un, à l’exposition Vivian Maier, et pour l’autre, à l’art aborigène. Recommandée à partir de 6 ans (il sera plus confortable de savoir lire ou d'être en train d'apprendre), cette revue est construite comme un magazine d’art pour adultes, avec des textes et des reproductions de grande qualité. La revue fait intervenir des illustrateurs différents à chaque numéro, ce qui la rend très esthétique et agréable à feuilleter (même pour les adultes !). En somme, une revue idéale si on veut commencer une collection !

Et rien ne remplacera jamais une visite de musée, alors n’hésitez pas à nous contacter pour organiser la visite idéale en famille !

Et vous, quelles sont vos recommandations de livres jeunesse autour de l'art et des musées ?

A priori aucun lien entre un musée et un fromage … Et pourtant, il est amusant de retrouver des représentations de fromage dans des natures mortes du XVIIe siècle ou dans les peintures surréalistes de Magritte. Le thème de la nourriture s'avère être un véritable sujet dans l’histoire de l’art, qu’il s’agisse des natures mortes, des scènes de genre ou des scènes de déjeuner.

Clara Peeters (Anvers, vers 1581 - La Haye, vers 1657), Nature morte aux fromages, artichauts et cerises, huile sur panneau, 33.34 × 46.67 cm, Los Angeles, LACMA

Aujourd’hui, une simple banane scotchée au mur se vend à 120 000 de dollars (œuvre de Mauricio Cattelan de 2019 dont Emmanuelle vous a parlé dans l’Apéro Arty sur le marché de l’art « Pourquoi ça coûte si cher ? »). La nourriture dans l’art est donc toujours bien d’actualité, entre représentation, présentation et scandale. L’un des artistes à l’origine de ce courant appelé le Eat art est le plasticien suisse Daniel Spoerri (né en 1930). Intégré dans les années 60 parmi les Nouveaux Réalistes, Daniel Spoerri transforme les galeries en restaurants pour faire du repas un moment de vie et de création dont les restes de nourriture font œuvre. Les tables ainsi que les assiettes et les restes des plats sont ensuite conservés et  accrochés à la verticale au mur de la galerie. Aujourd’hui ces « tableaux pièges » font partie des plus grandes collections nationales comme celle du Centre Pompidou.

Dans la carrière de Daniel Spoerri une œuvre correspond tout à fait à notre sujet : c’est le « Piano Emmental » créé en 1989. Ce piano est peint en trompe l’œil pour reprendre les trous de l’emmental. L’œuvre peut être sonore et se transformer en véritable performance si un pianiste habillé du costume de Mickey Mouse vient y jouer quelques notes.

C’est exactement ce qui s’est passé le 27 février 2020 dans le cadre de l’exposition « Viva Gino, une vie dans l’art » aux Abattoirs de Toulouse. Pour comprendre l’origine de cette œuvre, il faut savoir qu’il s’agit d’une commande du collectionneur italien et ami de l’artiste : Gino Di Maggio (né en 1940).

Gino Di Maggio a ouvert l'une des premières fondations d’art contemporain en Italie - Fondation Mudima - et pour l’exposition inaugurale de 1990, il a demandé aux artistes de détourner un piano. Pourquoi le piano ? Parce que Gino Di Maggio est un collectionneur mais aussi un grand mélomane amateur de piano !

Daniel Spoerri se prête à l’exercice et décide non plus de sculpter dans du sucre ou du pain comme il avait l’habitude de le faire mais d’utiliser le piano pour le peindre en formage. La forme triangulaire de l’instrument conditionne le choix de l’aliment.

Mickey Mouse fait quant à lui référence à la première exposition personnelle de l’artiste en galerie (en 1961 à la Galerie Shwarts à Milan) où ses œuvres comestibles furent finalement grignotées par les rats… Pour les derniers jours de l’exposition de 1961, Daniel Spoerri avait indiqué que les œuvres étaient faites « en collaboration avec les rats ». Le « Piano Emmental » est donc une création née de la rencontre entre un collectionneur, une passion de la musique et un artiste préoccupé par la nourriture dans tous ses états.


Daniel Spoerri est aujourd’hui reconnu comme un membre du groupe Fluxus qui bouleverse les notions d’œuvre d’art et intègre l’art à la vie. Ses "tableaux-pièges" ou ses "Eat Art Gallery" donnent l’occasion de réfléchir aux aspects sociaux, culturels et symboliques de la nourriture.

Photo : © Florian Dupasquier

Si vous désirez en savoir plus sur l’œuvre et en découvrir des nouvelles, inscrivez-vous à notre conférence dégustation du 24 septembre 2021 à 18h30 « Histoire de peintures et de fromages ».

Nous interviendrons avec notre partenaire Pierre le Fromager : vous bénéficierez de ses conseils pour déguster les fromages évoqués. Partageons pour le plaisir des yeux et des papilles !

Référence de l'œuvre évoquée : Daniel Spoerri (1930), Piano Emmental, 1989, Piano peint, Collection Gino Di Maggio 

« A nation stays alive when its culture stays alive ». Cette phrase, affichée (cf. photo ci-contre) puis gravée dans la pierre à l’entrée du musée national afghan à Kaboul, est devenue la devise du musée. 

Que faire face à l’horreur en Afghanistan ? Du côté de l’art et des musées, à priori pas grand chose. Mais parler de la culture et des richesses patrimoniales de ce pays nous permet de ne pas oublier que l'Afghanistan est une grande terre d’histoire dont l’identité est loin de se réduire aux talibans et aux valeurs inhumaines qu’ils véhiculent. 

Situé sur la route de la soie, au cœur des échanges commerciaux entre la Chine et l’Occident, l’Afghanistan possède un patrimoine culturel riche et varié, dû aux influences des différentes civilisations qui ont vécu ou transité par le pays. Le caractère multiculturel fait partie et est même constitutif de l’histoire et de l’identité de l’Afghanistan.


Trois sites patrimoniaux majeurs afghans

1.Les deux Bouddhas de Bâmiyân

Edifiés entre 300 et 700 ap. J.-C., mesurant respectivement 55 et 38 mètres, ces deux sculptures monumentales ont été détruites en mars 2001 par les talibans, quelques mois avant les attentats du World Trade Center. 

« Acte de destruction délibéré, motivé par une idéologie extrémiste visant à détruire la culture, l'identité et l'histoire, la perte des Bouddhas a révélé comment la destruction du patrimoine pouvait être utilisée comme une arme contre les populations locales. »

Ernesto Ottone R., Sous-directeur général de l'UNESCO pour la culture, 11 mars 2021

Ces deux Bouddhas se trouvaient à Bâmiyân, une vallée située à l’est de l’Afghanistan. Sculptés directement dans les falaises, ils intégraient diverses influences culturelles pour former l’école d’art bouddhique du Gandhara. Autour d’eux, dans les falaises également, de très nombreuses grottes, formant un vaste ensemble de monastères, de chapelles et de sanctuaires bouddhistes datant du IIIe au Ve siècle sont toujours visibles, et dans certaines se trouvent des vestiges de peintures murales. Ces vestiges constituaient l'un des plus importants centres bouddhistes sur la route de la soie, témoignant des influences indienne, hellénistique, romaine et sassanide, qui ont servi de base au développement de l'école du Gandhara. 

Cela fait cette année vingt ans que les deux Bouddhas ont été détruits. Le musée Guimet leur rend hommage avec l’exposition « Des images et des hommes », que vous pouvez visiter jusqu’au 18 septembre 2021.

Un autre hommage à ces sculptures monumentales leur avait été rendu dans ce même musée, cette fois par Prune Nourry (dont Marie vous avait parlé dans l'un de nos Apéros Arty), dans son exposition « Holy » en 2017 : dans les salles du musée apparaissaient les fragments d’un Bouddha monumental conçu in situ par l’artiste et dont le pied géant, installé dans la cour khmère, introduit le déploiement vertical du corps du Bouddha, la tête se trouvant au dernier étage, sous la rotonde. 


2. Le Minaret de Djam

Chef-d’oeuvre architectural inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO qui n'a été redécouvert qu'à la fin du XIXe siècle, ce minaret fut édifié en 1194 sous le sultanat de Ghiyas-od-din. S’il est aujourd’hui loin de toute ville (il se trouve à 1900 mètres d’altitude), il était au moment de sa construction dans la ville de Firuzkoh, capitale de la dynastie Ghoride. Haut de 65 mètres, le minaret est décoré de briques formant un réseau ornemental complexe et d’une frise décorée d’inscriptions en céramique turquoise à la gloire du sultan. Il témoigne de l’ingéniosité et du talent des artistes au travail à cette époque en Asie Centrale, et influença d’autres réalisations jusqu’en Inde. 


3. La Grande mosquée du vendredi ou Mosquée bleue à Hérat 

Edifiée en premier lieu au XIe siècle, la mosquée a été à plusieurs reprises détruite puis reconstruite. Impressionnante par sa taille et son décor de faïence émaillée bleue, la Grande mosquée du vendredi est une des réalisations architecturales les plus impressionnantes d’Afghanistan. Son plan, composé d’une grande cour autour de laquelle s’articulent des iwan (salles voutées) et un grand pavillon à coupole, est caractéristique de la tradition seljoukide arrivée d’Iran. 


Tillia Tepe: l'histoire romanesque d'un trésor

L’histoire de ce trésor, ou plutôt l’histoire de sa sauvegarde, est assez extraordinaire. Il s’agit d’un trésor composé de 21 000 pièces découvert en 1978 lors de fouilles d’un tell de l’âge de bronze. Issus de six sépultures, beaucoup des éléments sont des bijoux en or turquoise et lapis-lazuli d’un grand raffinement.

Un des objets les plus impressionnants est la Couronne à décor d’oiseaux retrouvée dans la tombe n°6, sépulture d’une jeune femme. Elle présente un décor impressionnant d’oiseaux et d’arbres. Ces sépultures sont celles de nomades, et cette couronne en témoigne : elle avait été conçue pour pouvoir être démontée afin d’être facilement transportable.

Ce trésor fut découvert tout juste avant l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979 qui ne permit pas de continuer les fouilles. La situation du pays se dégradant, les responsables du musée national de Kaboul proposèrent en 1988 au président Mohammed Nadjibullah de transférer une partie des oeuvres du musée, dont le trésor de Tillia Tepe, dans un lieu sécurisé. On a alors cru le trésor perdu pour toujours, tant le secret était bien gardé. Il ne réapparut qu’en 2003. A ce moment là et jusqu’en 2015, le trésor part faire le tour du monde, en commençant par le musée Guimet à Paris. A l'issue de cette "tournée" mondiale, le trésor devait retourner à Kaboul dans le nouveau musée national afghan, dont une grande partie des collections a été détruite, mais ce retour est retardé du fait de la situation instable du pays et du risque de destruction des objets.


Et à Paris, où découvrir l’art afghan ?

Au Louvre, et dans plusieurs départements du musée : dans le département des antiquités orientales d’abord, la Princesse de Bactriane, statuette votive de divinité féminine, datant  du début du IIe millénaire av. J.‑C. est un chef-d’oeuvre du musée. 

Dans le département des arts de l’Islam, le Louvre conserve un petit ensemble de céramiques de la ville fortifiée de Shahr-e Gholghola, dans la vallée de Bâmiyân (dans la même vallée où se trouvaient les Bouddhas monumentaux).

Le Louvre conserve également de belles pages de miniatures persanes provenant de la ville d'Hérat (où se trouve la Mosquée Bleue), qui fut un des plus grands centres d’enluminure, et ce à partir du XVe siècle. La page représentant Le prince Humay rencontre en rêve la princesse Humayun, peinte vers 1430-40 est une merveille de raffinement. Dans un jardin clos par une balustrade rouge, le prince Humay voit apparaître la princesse Humayun dont il est tombé amoureux. La scène, tirée d'un roman en vers du poète Khwaju Kirmani est un classique de la poésie arabe et persane.

Au musée Guimet : Parmi les chefs-d’oeuvre de l’art afghan du musée, vous pouvez admirer des hauts-reliefs en stuc comme le Bodhisattva Maitreya, « le génie d’André Malraux » (IVe – Ve siècle, stuc, 55 x 34 x 19 cm), provenant de la collection d’André Malraux ou le Génie aux fleurs (IVe-Ve siècle, stuc). Tous deux, caractéristiques du style Gandhara, mêlent influences hellénisantes et indiennes dans la forme et des ateliers gréco-romains d'Alexandrie dans la technique du stuc.

Avez-vous suivi les travaux de rénovation du musée de l’Orangerie ? Si ce n’est pas le cas, pas de panique ! Nous faisons le point ici avec vous.

Vue des collections permanentes, musée de l'Orangerie - juin 2021

Le musée conserve les célèbres Nymphéas de Claude Monet, œuvres conçues par l’artiste pour offrir aux parisiens « un havre de paix » après les traumatismes de la Première Guerre Mondiale. La salle en forme du signe de l’infini pensée par Claude Monet n’a pas subi de modification. C’est toujours un réel plaisir de venir s’y délecter seul ou en famille – vos enfants auront toute la place nécessaire pour y dessiner ! La salle des Nymphéas fut le seul espace ouvert durant les travaux.

Ces travaux ont concerné uniquement le sous-sol où sont présentées les collections permanentes. Le chantier a commencé au début du mois de septembre 2019 mais il fut perturbé à cause la crise sanitaire. La réouverture a dû être reportée au 16 septembre 2020 avant de subir, par la suite, d’autres fermetures dans le contexte du confinement.

Mais depuis plusieurs mois maintenant, vous pouvez enfin vous rendre au musée de l’Orangerie (attention il faut réserver) pour appréhender les nouveaux espaces et retrouver ses chefs-d’œuvre, comme Les Trois Sœurs de Matisse ou La Barque et les baigneurs de Cézanne.

Henri Matisse, Les Trois Soeurs, 1916-1917, huile sur toile

Après avoir descendu l’escalier, vous serez accueilli.e.s par un polyptyque daté de 1980 de l’artiste américaine Joan Mitchell. La directrice du Musée – Cécile Debray –  gère la programmation de manière à créer des dialogues avec la création contemporaine et à mettre en lumière les artistes femmes. Chez ma-tisse, on aime particulièrement ses choix et sa vision de l’histoire de l’art. D'ailleurs la nouvelle salle créée pour exposer un contrepoint contemporain aux Nymphéas propose, jusqu’au 6 septembre 2021, une installation de l’artiste française Isabelle Cornaro.

Vue de la salle Paul Cézanne, musée de l'Orangerie - juin 2021

Mais vous pouvez également redécouvrir la salle des collections Paul Guillaume et Jean Walter dont les œuvres constituent le fond du Musée. L’espace qui suit met en dialogue des œuvres de Picasso et Modigliani, une belle introduction dans l’Ecole de Paris du XXe siècle. La rénovation se fait réellement sentir dans les salles qui suivent. En effet, les anciens espaces ont été divisés pour former des salles monographiques. Les salles ont été pensées pour offrir une rencontre plus intimiste avec les œuvres. Cézanne, comme Renoir ou Soutine, ont donc leur propre pièce. Certains artistes partagent le même espace mais les cimaises sont clairement distinctes comme pour André Derain et Marie Laurencin. Les cimaises blanches et sobres sont d’ailleurs très appréciables et mettent en valeur les œuvres.

Et si, au cours de votre visite, vous désirez faire une pause, vous pouvez vous asseoir à votre guise sur les sculptures-mobiliers d’Agnès Thurnauer. Douze lettres sont réparties dans l’ensemble du musée pour former le mot "Chromatiques". En aluminium brossé, ces œuvres font partie de la série Matrices/Assises et proposent selon les termes de l'artiste "une immersion dans le langage comme espace ouvert". Car, devant une œuvre, chaque visiteur est libre de choisir ses mots et ses rêves. Et ça, chez ma-tisse : la liberté du regard et de l’échange, c’est toute notre philosophie.

Image : Agnès Thurnauer, Matrices Chromatiques, verrière du Musée de l'Orangerie

Et vous, vous la trouvez comment la rénovation du musée de l'Orangerie ?

Pour organiser une visite guidée du musée de l'Orangerie avec ma-tisse





Notre premier apéro arty intitulé « La danse dans l’art » fut consacré à la représentation de la danse dans les arts visuels. Après un bref historique de la représentation de la danse depuis les débuts de la création artistique, la conférence se consacrait au XXe siècle, siècle qui a vu la danse prendre une place importante dans les arts visuels et où, les frontières entre les arts sont devenues de plus en plus poreuses.

Nous avons notamment évoqué une œuvre au statut particulier : Column de Robert Morris. Entre sculpture, danse, théâtre et performance, Column ne se laisse pas ranger dans une case spécifique (malgré sa forme pourtant simple et précise) ! Colonne rectangulaire, l’œuvre se présente sous la forme d’un parallélépipède creux de taille humaine. Le titre originel, Box for standing, est assez éloquent. La colonne étant faite pour accueillir, en son sein, une personne debout. 

En 1961, Robert Morris, jusqu’ici peintre, crée cet objet tridimensionnel. Il ne présente pas celui-ci dans un lieu d’exposition traditionnel, mais il l’expose sur scène, dans ce que l’on peut aussi appeler : la black box (contrastant ainsi avec le White cube désignant les galeries et musées aux murs vierges et blancs). 

A la différence d’une sculpture exposée autour de laquelle le spectateur est amené à bouger ; ici c’est le spectateur, immobile sur son siège qui attend que ça bouge. Après quelques minutes sans que rien ne se passe, la boîte ou colonne … tombe ; pour demeurer de nouveau immobile à l’horizontal pendant trois minutes et demie.

Cet élément stable, vertical, censé servir de support : Column, constitue finalement l’histoire d’une chute ! Une chute simple mais nette : une chute de la sculpture - traditionnellement immobile - dans le spectacle vivant, espace de l’éphémère et de la performance.

Mais tout cela finalement, c’est aussi l’histoire de la vie, celle d’une chute de la verticalité à l’horizontalité, celle d’un corps debout à un corps allongé, celle d’une immobilité dans le mouvement. Celle de la sculpture dans la danse !





Les musées sont fermés mais pas les lieux de culte ! Voici notre petite sélection d’œuvres d’art à voir dans les églises parisiennes.

Peintures murales de Delacroix, Eglise Saint-Sulpice, 75006

Dès l’entrée sur votre droite, vous pourrez découvrir la chapelle des Saints-Anges recouvertes de peintures murales de Delacroix (1798-1863). Pour réaliser ces grands ensembles, Delacroix s’installe dans un atelier à proximité du chantier (rue de Fürstenberg, aujourd’hui musée Delacroix). Les peintures sont terminées en 1861, deux ans avant la mort du peintre.

Triptyque de Keith Haring, Eglise Saint-Eustache, 75001

Dans la chapelle Saint-Vincent de Paul de l'Eglise Saint-Eustache, vous trouverez un triptyque en bronze et en patine d’or blanc de l’artiste new-yorkais Keith Haring. Cette sculpture a été réalisée peu avant sa mort en 1990, après la connaissance de sa séropositivité. Keith Haring est décédé avant les neufs éditions de son triptyque mais selon son souhait, un exemplaire est offert à l’Eglise Saint-Eustache. Sur le panneau du centre, Dieu le père étend ses multiples bras sur l’humanité.

Vitraux de Jean Bazaine, Eglise Saint-Séverin, 75005

Dans le déambulatoire de l’Eglise vous allez découvrir ou redécouvrir les vitraux abstraits de Jean Bazaine (1904-2001). Ces huit baies, de taille et de fenêtrage différents, furent réalisées entre 1964 et 1969. Ici les formes et les couleurs dialoguent avec la lumière pour vous faire vivre une expérience esthétique toujours unique.

Peinture murale de Maurice Denis, Eglise du Saint-Esprit, 75012

Vous ne pouvez pas louper cette peinture monumentale de 15m de haut sur le mur du fond de l’abside, représentant l’épisode de la Pentecôte. Maurice Denis (1870-1943) a réalisé plusieurs fresques religieuses dans des Églises françaises, celle-ci reste la plus vaste de par ses dimensions. Le déplacement dans cette Eglise de béton armé vous offrira également un aperçu intéressant de l’art des années 30 en France.

© 2020 - ma-tisse - Tous droits réservés
home linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram