Que vous soyez parisien.ne souhaitant profiter de la ville pendant l’été ou de passage en vacances, voici trois expositions plutôt chouettes à découvrir cet été dans la capitale !

Une exposition impressionnante : Simon Hantaï à la Fondation Louis Vuitton

Jusqu’au 29 août

La Fondation Vuitton nous habitue à des expositions exceptionnelles, et celle-ci ne fait pas exception : nous vous conseillons vivement de profiter des conditions estivales pour aller découvrir l’oeuvre d’un artiste incontournable de l’histoire de l’art contemporain.

Cette exposition met à l’honneur le travail monumental de l’artiste d’origine hongroise Simon Hantaï. Sur plusieurs étages, nous suivons le parcours et l’œuvre de l’artiste, dans de vastes salles rendant hommage à la monumentalité de ses oeuvres. 

Célébrant le centenaire de la naissance de l’artiste, l’exposition se focalise en grande partie sur la période de l’oeuvre à partir des années 1960 où l’artiste commence à faire intervenir la technique du pliage, devenue depuis représentative de son travail. 

Cette grande rétrospective est accompagnée, au dernier étage de la Fondation, d’une autre manifestation « La couleur en fugue », qui réunit cinq peintres de la scène artistique internationale : Sam Gilliam, Katharina Grosse, Steven Parrino, Megan Rooney et Niele Torroni. Liés par leur travail autour de la couleur, mais ayant chacun développé un vocabulaire abstrait particulier, ces cinq artistes repoussent les limites traditionnelles du médium pictural. Cette seconde exposition répond parfaitement au travail de Simon Hantaï et forme un contrepoint poétique, qui permet d’enrichir par la comparaison la compréhension de son travail et de sa démarche.


Une exposition de qualité cachée dans un des plus charmants musées de Paris : "Héroïnes romantiques" au Musée de la vie romantique 

Jusqu’au 4 septembre 

Cette exposition, très lisible, pose la question de la représentation des héroïnes féminines au cours de la période romantique, c’est-à-dire au début du XIXe siècle. Découpée en quatre sections, l’exposition montre d’abord les grandes héroïnes historiques à la mode à cette époque, s’interrogeant ensuite sur la place des héroïnes violentes, et donc de la violence même des femmes. Puis, nous découvrons les héroïnes inspirées de la fiction, de Shakespeare ou de Georges Sand, et leur représentation en peinture et sculpture. L’exposition s’achève sur une très belle salle consacrée aux artistes, comédiennes, cantatrices ou danseuses qui ont incarné ces héroïnes au théâtre ou à l’opéra. 

L’exposition, qui présente une grande diversité de techniques et d’artistes, met également en lumière quelques artistes femmes assez méconnues, comme Victorine Geneve-Rumilly ou la peintre sur porcelaine Marie-Victoire Jacquotot. 

L’exposition interroge également la représentation des femmes dans le contexte particulièrement instable et rétrograde du début du XIXe siècle, notamment en mettant en lumière la construction de l’archétype de la femme sacrifiée, passive mais érotisée, de la « belle morte ».

Enfin, l’exposition est accompagnée d’un catalogue remarquable ainsi que d’un épisode du podcast « Venus s’épilait-elle la chatte », écrit et réalisé par Julie Beauzac, dans lequel les problématiques liées à la question du statut et de la représentation des femmes sont interrogées, au gré d’un long entretien avec les commissaires de l’exposition.


Une exposition qui met en valeur une grande couturière méconnue du grand public : « Shocking! Les mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli » au musée des Arts décoratifs 

Jusqu’au 22 janvier 2023

Comme toujours au musée des Arts décoratifs, il s’agit d’une exposition à la muséographie spectaculaire qui rend hommage à l’univers particulièrement inventif et novateur de l’artiste et couturière surréaliste Elsa Schiaparelli. 

L’exposition présente 520 œuvres dont 272 costumes et accessoires de mode, mis en regard de peintures, sculptures, bijoux, flacons de parfum, céramiques, affiches, et photographies signés des plus grands noms de l’époque, de Man Ray à Salvador Dalí, de Jean Cocteau à Meret Oppenheim ou encore d’Elsa Triolet. 

Avant de découvrir l'exposition, vous pouvez visionner ci-dessous la vidéo de Margaux Brugvin réalisée pour Paris Musée sur Elsa Shiaparelli.


… Et vivement la rentrée avec des expos qui mériteront elles aussi le détour : on pense notamment à l’exposition Frida Kahlo qui ouvre ses portes le 15 septembre au Palais Galliera ou encore à celle qui mettra en lumière la peintre Rosa Bonheur à partir du 18 octobre au musée d’Orsay !

On vous souhaite à tou.te.s un très bel été !

La fin de l’année scolaire approche, on souffle un peu et on en profite pour inaugurer une petite série d’articles dans laquelle on vous parlera des projets inspirants qui ont marqué notre année.

Nous sommes très fières d'intervenir depuis la rentrée dernière dans les écoles Montessori Esclaibes, et nous apprenons autant aux enfants qu’ils nous apprennent.

Nous avons eu l’occasion de mener un beau projet avec les élèves de l’école de Clichy, autour du Centre Pompidou et de ses collections. Cette école, qui a ouvert ses portes en septembre dernier, nous a confié le soin d'animer chaque semaine des ateliers d'éveil à l'histoire de l'art et aux arts plastiques pour chacune des deux classes, pour les 2-5 ans et pour les 6-10 ans.

Au cours d’une série d’ateliers les enfants ont pu découvrir l’architecture si particulière du Centre ainsi que les œuvres les plus emblématiques. Le projet a logiquement été conclu par une belle visite au Centre Pompidou que nous avons menés avec Emmanuelle. Les enfants ont pu s'émerveiller devant les oeuvres qu'ils connaissaient déjà bien !

Cette visite a, en effet, permis la confrontation des enfants avec les œuvres qu’ils avaient eu l’occasion de découvrir avec des jeux et des ateliers de pratique artistique.

Au cours des ateliers les enfants ont découvert les œuvres de Matisse, Picasso, Mondrian, Dubuffet, mais aussi Frida Kahlo …

Ces ateliers proposent une approche particulière au cours de laquelle la découverte ludique d’une œuvre d’art est associée à un moment de pratique artistique. Dans le respect du rythme de chaque enfant et en accord avec les principes de la pédagogie Montessori particulièrement bien mis en oeuvre dans cette école, nous avons pu développer des ateliers inclusifs, stimulant la créativité et l'imagination des enfants.

Ce beau projet s'est terminé par l'exposition des réalisations des enfants au moment de la kermesse de l'école. La classe des grands (6-10 ans) avait également créé à cette occasion une histoire autour des oeuvres, qu'ils ont pu restituer aux parents lors de ce moment festif.

Dans un contexte similaire, nous avions eu l’occasion d’emmener les enfants de l’école de Paris (16e) au musée du Quai Branly, dans la continuité d’un projet sur l’année autour des quatre continents. Il nous tarde de recommencer une nouvelle année scolaire avec les écoles du groupe Montessori Esclaibes et de développer d’autres projets autour de la culture et des arts !

D'ailleurs, le groupe d'écoles internationales Montessori Esclaibes s'agrandit à la rentrée à Paris : en plus des écoles du 16e arrondissement et de Clichy, une nouvelle école ouvre ses portes dans le 15e arrondissement !

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette belle école de Clichy ...

Si, pendant les vacances, vous êtes à la recherche d’activités à faire en famille, voici une idée inspirée des ateliers que nous développons dans les écoles. Nos ateliers ont toujours comme but premier de découvrir l’univers d’un.e artiste, et de s’exprimer, de ressentir, de comprendre et d’agir en réponse. L’observation des oeuvres d’art constitue ainsi la première étape de nos ateliers, autour de laquelle les enfants formulent des descriptions et développent leurs goûts. Ils mettent ensuite cela en action au cours du temps de pratique artistique inspirée de l’univers de l’artiste évoqué.e.

Depuis la rentrée et dans les écoles dans lesquelles nous intervenons, notamment dans les écoles Montessori Esclaibes de Paris et Clichy, à l’école Montessori 101 du Kremlin-Bicêtre ou encore à l’école Marianne Picard à Neuilly-sur-Seine, nous avons proposé aux enfants de découvrir la vie et l’oeuvre d’une artiste majeure de la scène artistique contemporaine : Yayoi Kusama. 

Nous vous proposons un petit atelier, facile à réaliser à la maison, tiré de ce que nous avons eu l’occasion de mettre en oeuvre dans ces écoles, qui pourra aisément s’adapter pour des enfants entre 2 et 9 ans.

Yayoi Kusama, Kusama with Pumpkin, 2010, installation, dimensions variables, Aichi Triennale, Courtesy Ota Fine Arts, Tokyo-Singapour, Victoria Miro Gallery, Londres David Zwirner, New York, © Yayoi Kusama

1ère étape : raconter aux enfants la vie de Yayoi Kusama

Si, avant de vous lancer dans ce moment partagé avec les enfants, vous voulez découvrir la vie et l’oeuvre de Yayoi Kusama, filez lire la biographie disponible sur le site AWARE Women Artists : vous découvrirez la vie fascinante de cette artiste japonaise, qui a réussi à se faire un nom dans le monde de l’art en s’installant aux Etats-Unis et en développant une pratique singulière, autour de ses fameux pois qui envahissent ses oeuvres et qui font aujourd’hui sa renommée.

Pour en parler aux enfants, voici deux supports qui peuvent vous aider : 

2ème étape : montrer aux enfants quelques-unes de ses oeuvres les plus célèbres

Pour cet atelier, l’enjeu n’est pas de faire découvrir de manière exhaustive les oeuvres de l’artiste mais de se concentrer sur une partie de son travail : ses « pumpkins » ou citrouilles. 

Présentez aux enfants une version peinte et une version sculptée (comme par exemple celles ci-dessous). Demandez alors aux enfants de décrire les oeuvres : leurs couleurs, leur taille, les motifs qu’ils y observent.

Yayoi Kusama – Pumpkin, 2003, acrylic on canvas, 38 x 45.5 cm. 

Idéalement, si vous avez à la maison une citrouille ou un potiron, proposez aux enfants de comparer le légume aux oeuvres de Kusama, en s’interrogeant sur la raison pour laquelle l'artiste a pu tant s’y intéresser. 

Pour répondre à cette question, Kusama explique qu’elle se souvient avoir dessiné de nombreuses citrouilles étant enfant, période au cours de laquelle tout n’était pas rose pour elle. Elle raconte notamment une hallucination au cours de laquelle une citrouille se serait mise à parler. Contrairement à d’autres de ses hallucinations qui ont pour elle un caractère effrayant, les citrouilles lui remémorent une sensation de confort.

On peut s’amuser ensuite à décorer la citrouille avec des gommettes pour la transformer en oeuvre d’art !

3ème étape : L’Atelier artistique, on décore une citrouille comme Kusama !

Vous aurez besoin de feutres, crayons de couleur, pastels (en fonction de ce que vous avez à la maison), de gommettes rondes de différentes tailles et couleurs (sentez-vous libres de faire des tests, tout fonctionnera très bien) et du modèle de citrouille imprimé, que vous pouvez télécharger ci-dessous.

Ensuite, rien de plus simple : commencez par remplir avec une couleur la citrouille et avec une autre le fond, puis décorez la citrouille à l’aide de gommettes ! 

Si vous voulez poursuivre l’expérimentation : découpez la citrouille du modèle, et utilisez-là comme patron pour en dessiner une nouvelle sur du papier Canson par exemple, que vous décorerez ensuite à la gouache !

N’hésitez pas à faire votre propre citrouille en même temps que votre enfant, vous pourrez ainsi comparer ce que que vous avez fait !

Pour aller plus loin …

Si vous avez à la maison un.e fan de gommettes : tentez l’expérience de l’Obliterration room de Kusama : amusez-vous à recouvrir avec des gommettes un mur, un meuble ou simplement une grande feuille de papier !

... et envoyez-nous vos réalisations !

Alors qu’une belle saison d’expositions se termine doucement (Georgia O’Keeffe, Vivian Maier, la collection Morozov …), de nouvelles découvertes passionnantes s’apprêtent à ouvrir leurs portes à Paris, on vous dévoile nos coups de coeur de ce début d’année 2022 !

« Yves Saint Laurent aux musées »

Avec la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, le musée du Louvre, le musée d’Orsay, le Centre Pompidou, le musée national Picasso-Paris et le musée d’Art moderne de Paris vont présenter à partir du 29 janvier des créations du couturier au sein de leur collection. Cette exposition étendue dans plusieurs lieux parisiens célèbrera le 60e anniversaire du premier défilé d’Yves Saint-Laurent, alors âge de 26 ans seulement, qui eu lieu le 29 janvier 1962.

Ces expositions permettront de revenir sur le lien qu’entretenait le couturier avec les collections publiques françaises.

A voir au Musée Saint-Laurent, au musée du Louvre, au musée d’Orsay, au Centre Pompidou, au Musée Picasso et au Musée d’Art moderne de la ville de Paris du 29 janvier au 5 mai. 

« Pionnières, artistes dans le Paris des années folles » 

Le musée du Luxembourg continue sur sa lancée en programmant une nouvelle fois une exposition dédiée aux artistes femmes: après les peintres de l’époque révolutionnaire et Vivian Maier, cette nouvelle exposition fera le point sur le rôle clé joué par les artistes femmes au début du XXe siècle, à savoir au moment développement des grands mouvement de la modernité. L’exposition présentera des peintures, sculptures, photographies, films, œuvres textiles et littéraires, autant de supports qui montreront la diversité des créations de ces artistes, qui, au début du XXe siècle furent la première génération de femmes à pouvoir accéder aux écoles d’art auparavant réservées aux hommes, à pouvoir posséder un atelier ou peindre des corps nus. 

Le commissariat est notamment assuré par Camille Morineau, fondatrice et présidente du collectif AWARE qui oeuvre pour une meilleure reconnaissance du travail des artistes femmes et dont nous avons déjà salué le travail sur ce blog. 

A voir au musée du Luxembourg du 2 mars au 10 juillet

Susanne Valadon, La chambre bleue, 1923 © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. Rmn-GP

« Gaudí »

Architecte et créateur, Antoni Gaudí (1852-1926) va être au coeur d’une grande rétrospective au musée d’Orsay qui mettra en lumière ce génie de l’Art Nouveau. L’exposition, conçue de manière immersive, reviendra sur la créativité sans limites de celui qui est à l’origine de la Sagrada Familia ou de la Casa Batlló à Barcelone (ci-contre), présentera des maquettes, meubles et pièces d’archives jamais vues encore en France. 

A voir au musée d’Orsay du 12 avril au 17 juillet

« Charles Ray » à la Bourse de Commerce et au Centre Pompidou

Deux expositions en parallèle dans deux des plus grands lieux consacrés à l’art contemporain de la capitale vous permettront de découvrir l’oeuvre de ce sculpteur américain, connu pour ses sculptures géantes et ultra réalistes. Le Centre Pompidou proposera une rétrospective de son oeuvre, et constituera la première exposition de l’artiste dans une collection publique française.

L’exposition de la Bourse de commerce sera quant à elle envisagée comme une carte blanche à l’artiste, qui est déjà très bien représenté dans la collection Pinault, puisque le collectionneur a fait l’acquisition au cours des vingt dernières années de 7 oeuvres de Charles Ray.

Vous pouvez déjà en avoir un petit aperçu en passant sur le parvis de la Bourse de Commerce qui a installé la sculpture Horse and rider courant décembre (photo ci-contre), représentant l'artiste monté sur un cheval et faisant référence à la longue tradition de statues équestres de l'histoire de l'art.

A voir au Centre Pompidou du 16 février au 20 juin et à la Bourse de Commerce du 16 février au 6 juin.

Et dans la métropole Lilloise, ne ratez pas la prochaine exposition du Fresnoy à Tourcoing !

L’exposition Jusque-là sera une coproduction entre Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains - et la collection Pinault. Le titre fait référence à une œuvre de Enriquez Ramirez, accueille dans la résidence d'artistes de Pinault Collection à Lens.

Vous découvrirez un ensemble d'œuvres de la collection Pinault sur le thème de la traversée et de l'évolution de l'humanité. Une exposition qui promet des œuvres métaphoriques, riches de sensations et de réfléxion.

Jusque-là exposition du 4 février au 30 avril 2022 au Fresnoy, 22 rue du Fresnoy, 59200 Tourcoing

Et vous, quelles sont vos expositions attendues pour 2022 ?

Françoise Gilot, qu'on connait surtout pour avoir été la compagne de Picasso pendant 10 ans, est aussi et surtout peintre. Elle a 100 ans aujourd’hui, l’occasion pour nous de revenir sur son oeuvre et sa vie hors du commun.

Chez ma-tisse, nous avons toutes les trois été guides au musée Picasso: on connait bien l'artiste et l'homme, le génie et son côté sombre. Mais on ne parle que trop rarement des femmes qui l'ont entouré autrement que pour commenter ses oeuvres ou sa biographie. Françoise Gilot fait partie de ces femmes.

Françoise Gilot dans son atelier de New York en 2019, photo de Stephen Kent Johnson

Elle a elle-même raconté sa vie, du moins sa jeunesse, dans un ouvrage autobiographique publié pour la première fois en 1964, Vivre avec Picasso, dans lequel elle raconte les dix ans qu’elle a passé auprès de Picasso (on vous en recommande vivement la lecture !).

Née en 1921 à Neuilly-sur-Seine, sa mère, elle-même artiste (elle était céramiste), l’encourage dans cette voie. Mais c’est pour son père qu’elle commence d’abord des études de droit. Pendant l’occupation, elle est arrêtée pour avoir déposé des fleurs sur la tombe du soldat inconnu. Elle abandonne ensuite ses études pour se consacrer à l’art. Elle étudie et expose ses oeuvres.

Ci-contre: Autoportrait en noir, 1943, huile sur toile, 73 x 60 cm, Collection Francoise Gilot, New York

Elle rencontre Pablo Picasso, de 41 ans son ainé, en mai 1943 dans un restaurant parisien, non loin de l’Atelier des Grands Augustins qu’il occupait alors. Picasso fait en sorte qu’elle mette sa carrière de peintre au second plan pour se consacrer à lui, si bien qu’elle ne peint quasiment pas pendant les années où elle a vécu avec lui. Elle ne fit que des dessins, aussi exigeants dans la technique que la peinture à l’huile, mais plus légers et pratiques dans sa vie quotidienne.

Françoise Gilot, Femme à l'enfant (Autoportrait avec Paloma), 1949, crayon sur papier, 50 x 65 cm

Deux enfants naissent de sa relation avec Picasso: Claude en 1947 et Paloma en 1949. En 1953, après dix ans de relation toxique, elle parvient à quitter Picasso. Elle est la seule, parmi les nombreuses maîtresses du peintre, à être partie. Elle raconte qu’il lui dit alors: « personne ne quitte un homme comme moi » (alors qu’il entretenait déjà une autre relation avec celle qui allait devenir sa dernière compagne et épouse, Jacqueline Roque). A la suite de cette relation et surtout à la suite de la publication de son livre, Picasso utilisa son aura et son réseau pour faire en sorte qu’elle ne puisse ni exposer ni être reconnue comme artiste en France, et c’est pour cette raison qu’elle s’installe aux Etats-Unis dans les années 1960, avec son second mari Luc Simon, lui aussi peintre. Et depuis elle y vit toujours et a construit sa carrière d’artiste là-bas.

Françoise Gilot pose le problème de ces femmes qui ont gravité autour de Picasso, et qui ne sont définies qu’en fonction de lui. Si elle est connue comme la seule a l’avoir quitté, à être partie en parvenant à se libérer de son joug (elle parle dans son livre à propos de Picasso d’un « syndrome de Barbe-Bleue » …), elle mérite qu’on s’intéresse à ce qu’elle a fait ensuite, loin de Picasso qui a tenté de l’en empêcher.

Françoise Gilot, c'est MeToo. Elle affirme je ne suis pas qu'une créature, je suis une créatrice. Je ne suis pas un objet de peinture, je suis un sujet, je suis peintre.

Annie Maïllis, biographe et amie de Françoise Gilot

Françoise Gilot est presque complètement oubliée en tant qu’artiste, au moins en France, où elle est bien trop souvent seulement réduite à une des compagnes de Picasso. Ceci est bien dommage dans la mesure où elle n’a vécu aux côtés du peintre qu’une dizaine d’année. Aux États-Unis en revanche, où elle a vécu une grande partie de sa vie, elle a su se faire une place en tant qu’artiste. 

Françoise Gilot, The Earthenware, 1951, huile sur panneau, 114 x 146 cm, Collection Dr. Mel Yoakum, Californie

Ses œuvres, logiquement marquées par l’influence de celles de Picasso, dont elles reprennent un certain nombre d’éléments formels, sont, contrairement à celles du maître, dénuées de toute agressivité, préférant aux lignes anguleuses de Picasso des formes organiques et souples. En 1952 elle connait un beau succès en exposant à la Galerie Louise Leiris une série de natures mortes, ses « Cuisines », dans lesquelles elle s’inspirait des objets de son quotidien dans la maison de Vallauris.

Françoise Gilot, Runaway Comet, 1998, huile sur toile, 130 x 162 cm

Au cours des années suivantes, ses tableaux combinent les influences de Fernand Léger et d’Henri Matisse, à un moment où elle tente de s’émanciper de Picasso. Son départ aux Etats-Unis marque une rupture dans son oeuvre, où l’abstraction et le travail autour de la couleur joue alors un grand rôle.

Peinture à l’huile, dessin, monotypes – traduisent la diversité de la personnalité de Françoise Gilot :la spontanéité et la légèreté, l’expression sans retenue ni ordonnancement, vivantes dans les monotypes ; la maîtrise, la précision, la réflexivité sensibles dans les huiles, enfin la décantation du réel saisi par le crayon dans les dessins.

Annie Maïllis
Une interview de Françoise Gilot dans son atelier de New York, Tate shots, 2013 [en anglais]

En ce moment se tient une exposition au musée Estrine de Saint-Remy-de-Provence (visible jusqu’au 23 décembre), qui propose une réhabilitation de l’oeuvre de Françoise Gilot, exposant les dessins et peintures de ses années françaises.

Pour en savoir plus sur Françoise Gilot:

Un livre: Françoise Gilot et Carlton Lake, Vivre avec Picasso, 10-18, Paris, 2006

Un podcast: Picasso, séparer l’homme de l’artiste, Julie Beauzac, Venus s’épilait-elle la chatte, mai 2021

Un documentaire: Picasso et Françoise Gilot, la femme qui dit non, documentaire Arte, 2021

[En anglais] Un article du New Yorker: How Picasso’s muse became a master, Alexandra Schwartz, juillet 2019

Pour emmener des enfants au musée ou pour prolonger une visite, rien de mieux qu’un (ou plusieurs) joli.s livre.s ! On trouve de très beaux ouvrages dont certains sont devenus des classiques. Ci-dessous nos préférés !

1. Au musée d’Orsay: Mais où est-donc Pompon ? de Nicolas Piroux, aux éditions Hazan

Le très célèbre Ours du sculpteur François Pompon se cache dans 40 chefs-d’oeuvre du musée d’Orsay, permettant aux enfants d’allier observation des oeuvres et de se souvenir de ce qu’ils ont pu ou vont découvrir au musée. 

Le livre a été décliné en plusieurs versions autour des collections du musée d'Orsay (Pompon cherche sa maison et Au fil de l’eau) ainsi que du musée du Louvre: Mais où est donc hippo ?

2. Au musée du Louvre: Le Louvre raconté aux enfants de Nicolas Milovanovic, La Martinière jeunesse

Cet ouvrage a été écrit par un conservateur du département des peintures du musée du Louvre, la qualité des textes s’en ressent ! Un bel ouvrage à lire avec vos enfants pour découvrir quelques-unes des richesses du plus grand musée du monde ! 

Un livre complet et intelligent, qui saura ravir les plus curieux.

3. Un très bel album: Petit Noun - L'hippopotame bleu des bords du Nil de Géraldine Elschner, éditions de l’Elan Vert

Un bel album qui raconte l'aventure d'un petit hippopotame bleu, de l'Egypte des pharaons à la pyramide du Louvre.

Le Petit Noun s'inspire de l'iconique Hippopotame bleu en faïence du musée du Louvre et permet aux enfants d'avoir un premier aperçu de l'histoire de l'Egypte antique ainsi que des découvertes archéologiques associées.

A partir de 5 ans 

4. Pour les amateur de chats: Une journée au musée de Nia Gould, éditions Palette 

Nia Gould est une illustratrice britannique qui mêle son amour pour ses trois chats et pour les oeuvres d'art dans des créations originales et pleines d'humour.

Cet album prend la forme d'un "cherche et trouve" dans les salles d'un musée imaginé par l'artiste où les chats sont à la fois visiteurs et figurants des tableaux. En somme, un livre décalé et poétique qui séduira tout le monde !

... il existe aussi Gustave Lechat au pays des peintres qui raconte l'histoire d'un chat se promenant au musée d'Orsay et qui tombe dans les tableaux !

A partir de 7 ans

5. Le grand atelier, écrit et illustré par Les Canailles, éditions Dada

Un livre tout simplement magnifique : le duo d'illustrateurs Les Canailles a réussi à créer dans ce grand imagier une belle découverte des mécanismes de création au fil des époques et à travers le monde, en passant dans les ateliers de 16 grands artistes, de Léonard de Vinci à Jean-Michel Basquiat, en passant par Artemisia Gentileschi. Un livre pour tous, puisqu'il ne nécessite pas forcément de savoir lire : les illustrations se suffisent à elles-mêmes.

Et le plus chouette, c'est qu'il existe deux autres volumes édités par Dada pensés de la même manière, comme des imagiers : Le grand inventaire de l'art et Le grand livre des records de l'art (paru tout récemment).

Mais aussi …

Dada, une revue absolument géniale, qui permet de suivre l’actualité des musées et des expositions.

Les deux derniers numéros étaient consacrés, pour l’un, à l’exposition Vivian Maier, et pour l’autre, à l’art aborigène. Recommandée à partir de 6 ans (il sera plus confortable de savoir lire ou d'être en train d'apprendre), cette revue est construite comme un magazine d’art pour adultes, avec des textes et des reproductions de grande qualité. La revue fait intervenir des illustrateurs différents à chaque numéro, ce qui la rend très esthétique et agréable à feuilleter (même pour les adultes !). En somme, une revue idéale si on veut commencer une collection !

Et rien ne remplacera jamais une visite de musée, alors n’hésitez pas à nous contacter pour organiser la visite idéale en famille !

Et vous, quelles sont vos recommandations de livres jeunesse autour de l'art et des musées ?

Voilà encore une belle saison d’expositions qui saura largement occuper les week-ends pluvieux de l’automne qui commence ! 

1. Georgia O’Keeffe au Centre Pompidou

A voir jusqu’au 6 décembre 2021

Georgia O’Keeffe (1887 - 1986) est une légende de la peinture, première femme exposée au MoMA de New-York et artiste femme dont les oeuvres sont vendues le plus cher sur le marché de l'art. Le Centre Pompidou rassemble dans cette exposition une centaine d’oeuvres, de toutes les périodes de l’artiste : vous pourrez y voir notamment ses fameux tableaux fleurs en gros plan, souvent lus comme des métaphores sexuelles par la critique, qui n’ont en réalité pas été conçues comme telles par l’artiste.

Plus étonnant, l’exposition propose de découvrir d’autres facettes de son oeuvre : des gratte-ciel new-yorkais aux paysages lunaires du Nouveau Mexique, en passant par des toiles quasi abstraites. 

Nous vous recommandons vivement cette exposition qui présente le travail d’une artiste libre dont les oeuvres ne manqueront pas de vous surprendre.

Pour en savoir plus sur Georgia O’Keeffe, le podcast dédié du Centre Pompidou


2. Vivian Maier au musée du Luxembourg

A voir jusqu’au 16 janvier 2022

Cette exposition est la première en France consacrée à l’artiste. Vivian Maier (1926 - 2009), aujourd’hui reconnue comme l'une des plus grandes photographes du XXe siècle, était, il y a encore peu de temps, complètement méconnue des spécialistes comme du grand public. Nounou à New-York puis Chicago pendant une grande partie de sa vie, elle a photographié avec son Rolleiflex puis son Leica les évolutions de la société de son époque, observant méticuleusement le tissu urbain et les personnes qui s’y trouvaient.

Ses autoportraits, présentés dans la première salle de l’exposition, jalonnent son oeuvre, et montrent d’emblée la diversité des procédés employés par l’artiste dans son travail. Ils répondent aux portraits de rue présentés quelques salles plus loin, des portraits de ceux qui, d’habitude, ne sont pas photographiés, ou qui, comme une dame de la haute société, s’offusquent que l’objectif de la photographe ne s’arrête pas sur elle. 

Une superbe découverte d’une photographe inconnue et géniale.

Prolongez la visite ou préparez-là en écoutant cette émission de France Culture qui lui est dédiée.


3. Damien Hirst à la Fondation Cartier

A voir jusqu’au 2 janvier 2022

 « Les Cerisiers en Fleurs parlent de beauté, de vie et de mort. Elles sont excessives, presque vulgaires. [...] Elles sont ornementales mais peintes d’après nature. [...] Les Cerisiers en Fleurs sont tape-à l’œil, désordonnées et fragiles, et grâces à elles, je me suis éloigné du minimalisme pour revenir avec enthousiasme à la spontanéité du geste pictural. »

Damien Hirst

Cette exposition est la première exposition institutionnelle consacrée à l’artiste britannique Damien Hirst. Sur des toiles de grand format, qui sont pour certaines assemblées en polyptyques, l’artiste s’adonne à un exercice classique, celui de la peinture de fleurs. Rendant hommage autant aux impressionnistes qu’au japonisme, il envahit ses toiles et les espaces d’exposition de cerisiers en fleurs, explosifs par leurs couleurs et la liberté de la technique de l’artiste, réaffirmant ainsi le plaisir de la création et de la matière. 

Une expérience de beauté, que vous pourrez prolonger, si la météo le permet, au café situé dans le jardin de la Fondation. 

Pour voir l’artiste au travail, jetez un coup d'oeil au film documentaire qui accompagne l’exposition !


4. La collection Morosov à la Fondation Vuitton

A voir jusqu’au 22 février 2022

La Fondation Vuitton présente une collection parfaitement extraordinaire d’oeuvres d’art de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, provenant tout droit de Russie. Il s’agit de la collection des frères Morosov, certainement la plus grande collection russe avec celle de Chtchoukine, exposée à la Fondation il y a quelques années. Les tableaux qui la constituent sont ceux des plus grands maîtres : Renoir, Monet, Van Gogh, Denis, Picasso et Matisse … des tableaux qu’on aurait pu normalement découvrir seulement en Russie, et les voilà réunis pour une exposition tout à fait exceptionnelle à la Fondation Vuitton.

Notre coup de coeur dans cette exposition va au Triptyque marocain d’Henri Matisse (ci-dessus) : trois tableaux peints lors des séjours du peintre à Tanger en 1912-1913 : à nos yeux trois chefs-d'oeuvre de lumière et de sérénité.

A ne pas manquer, car les oeuvres présentées dans l’exposition ne reviendront pas de si tôt ! 

En attendant de découvrir l’exposition, Arte propose une visite virtuelle par la commissaire générale, Anne Baldassari.


5. Venus d’ailleurs, matériaux et objets voyageurs au musée du Louvre

A voir jusqu’au 4 juillet 2022

Cette exposition a lieu dans la Petite Galerie du musée du Louvre, qui consacre chaque année son accrochage à une thématique transversale mettant en avant les collections du musée, d’une manière toujours très pédagogue. Ce lieu au sein du musée du Louvre, a été conçu pour donner des clés de lecture du musée à tous, aux plus jeunes comme aux adultes.

Cette année, l’exposition est consacrée aux objets d’arts et leurs matériaux venus des quatre coins du monde, évoquant les échanges, voyages et circulations qui y sont liées. Vous pourrez y découvrir des objets plus curieux les uns que les autres, témoignant de l’inventivité des artisans dans la mise en valeur de ces matériaux précieux. 

Parmi les 82 oeuvres présentées dans le parcours de l’exposition, vous découvrirez notamment une chaussure en ivoire dont les décorations imitent la dentelle (ci-dessus), un tableau peint sur une plaque de lapis-lazuli ou un rhinocéros en porcelaine.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le mini-site de l’exposition !


Et vous, un coup de coeur parmi les expositions à voir cet automne ?

« A nation stays alive when its culture stays alive ». Cette phrase, affichée (cf. photo ci-contre) puis gravée dans la pierre à l’entrée du musée national afghan à Kaboul, est devenue la devise du musée. 

Que faire face à l’horreur en Afghanistan ? Du côté de l’art et des musées, à priori pas grand chose. Mais parler de la culture et des richesses patrimoniales de ce pays nous permet de ne pas oublier que l'Afghanistan est une grande terre d’histoire dont l’identité est loin de se réduire aux talibans et aux valeurs inhumaines qu’ils véhiculent. 

Situé sur la route de la soie, au cœur des échanges commerciaux entre la Chine et l’Occident, l’Afghanistan possède un patrimoine culturel riche et varié, dû aux influences des différentes civilisations qui ont vécu ou transité par le pays. Le caractère multiculturel fait partie et est même constitutif de l’histoire et de l’identité de l’Afghanistan.


Trois sites patrimoniaux majeurs afghans

1.Les deux Bouddhas de Bâmiyân

Edifiés entre 300 et 700 ap. J.-C., mesurant respectivement 55 et 38 mètres, ces deux sculptures monumentales ont été détruites en mars 2001 par les talibans, quelques mois avant les attentats du World Trade Center. 

« Acte de destruction délibéré, motivé par une idéologie extrémiste visant à détruire la culture, l'identité et l'histoire, la perte des Bouddhas a révélé comment la destruction du patrimoine pouvait être utilisée comme une arme contre les populations locales. »

Ernesto Ottone R., Sous-directeur général de l'UNESCO pour la culture, 11 mars 2021

Ces deux Bouddhas se trouvaient à Bâmiyân, une vallée située à l’est de l’Afghanistan. Sculptés directement dans les falaises, ils intégraient diverses influences culturelles pour former l’école d’art bouddhique du Gandhara. Autour d’eux, dans les falaises également, de très nombreuses grottes, formant un vaste ensemble de monastères, de chapelles et de sanctuaires bouddhistes datant du IIIe au Ve siècle sont toujours visibles, et dans certaines se trouvent des vestiges de peintures murales. Ces vestiges constituaient l'un des plus importants centres bouddhistes sur la route de la soie, témoignant des influences indienne, hellénistique, romaine et sassanide, qui ont servi de base au développement de l'école du Gandhara. 

Cela fait cette année vingt ans que les deux Bouddhas ont été détruits. Le musée Guimet leur rend hommage avec l’exposition « Des images et des hommes », que vous pouvez visiter jusqu’au 18 septembre 2021.

Un autre hommage à ces sculptures monumentales leur avait été rendu dans ce même musée, cette fois par Prune Nourry (dont Marie vous avait parlé dans l'un de nos Apéros Arty), dans son exposition « Holy » en 2017 : dans les salles du musée apparaissaient les fragments d’un Bouddha monumental conçu in situ par l’artiste et dont le pied géant, installé dans la cour khmère, introduit le déploiement vertical du corps du Bouddha, la tête se trouvant au dernier étage, sous la rotonde. 


2. Le Minaret de Djam

Chef-d’oeuvre architectural inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO qui n'a été redécouvert qu'à la fin du XIXe siècle, ce minaret fut édifié en 1194 sous le sultanat de Ghiyas-od-din. S’il est aujourd’hui loin de toute ville (il se trouve à 1900 mètres d’altitude), il était au moment de sa construction dans la ville de Firuzkoh, capitale de la dynastie Ghoride. Haut de 65 mètres, le minaret est décoré de briques formant un réseau ornemental complexe et d’une frise décorée d’inscriptions en céramique turquoise à la gloire du sultan. Il témoigne de l’ingéniosité et du talent des artistes au travail à cette époque en Asie Centrale, et influença d’autres réalisations jusqu’en Inde. 


3. La Grande mosquée du vendredi ou Mosquée bleue à Hérat 

Edifiée en premier lieu au XIe siècle, la mosquée a été à plusieurs reprises détruite puis reconstruite. Impressionnante par sa taille et son décor de faïence émaillée bleue, la Grande mosquée du vendredi est une des réalisations architecturales les plus impressionnantes d’Afghanistan. Son plan, composé d’une grande cour autour de laquelle s’articulent des iwan (salles voutées) et un grand pavillon à coupole, est caractéristique de la tradition seljoukide arrivée d’Iran. 


Tillia Tepe: l'histoire romanesque d'un trésor

L’histoire de ce trésor, ou plutôt l’histoire de sa sauvegarde, est assez extraordinaire. Il s’agit d’un trésor composé de 21 000 pièces découvert en 1978 lors de fouilles d’un tell de l’âge de bronze. Issus de six sépultures, beaucoup des éléments sont des bijoux en or turquoise et lapis-lazuli d’un grand raffinement.

Un des objets les plus impressionnants est la Couronne à décor d’oiseaux retrouvée dans la tombe n°6, sépulture d’une jeune femme. Elle présente un décor impressionnant d’oiseaux et d’arbres. Ces sépultures sont celles de nomades, et cette couronne en témoigne : elle avait été conçue pour pouvoir être démontée afin d’être facilement transportable.

Ce trésor fut découvert tout juste avant l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979 qui ne permit pas de continuer les fouilles. La situation du pays se dégradant, les responsables du musée national de Kaboul proposèrent en 1988 au président Mohammed Nadjibullah de transférer une partie des oeuvres du musée, dont le trésor de Tillia Tepe, dans un lieu sécurisé. On a alors cru le trésor perdu pour toujours, tant le secret était bien gardé. Il ne réapparut qu’en 2003. A ce moment là et jusqu’en 2015, le trésor part faire le tour du monde, en commençant par le musée Guimet à Paris. A l'issue de cette "tournée" mondiale, le trésor devait retourner à Kaboul dans le nouveau musée national afghan, dont une grande partie des collections a été détruite, mais ce retour est retardé du fait de la situation instable du pays et du risque de destruction des objets.


Et à Paris, où découvrir l’art afghan ?

Au Louvre, et dans plusieurs départements du musée : dans le département des antiquités orientales d’abord, la Princesse de Bactriane, statuette votive de divinité féminine, datant  du début du IIe millénaire av. J.‑C. est un chef-d’oeuvre du musée. 

Dans le département des arts de l’Islam, le Louvre conserve un petit ensemble de céramiques de la ville fortifiée de Shahr-e Gholghola, dans la vallée de Bâmiyân (dans la même vallée où se trouvaient les Bouddhas monumentaux).

Le Louvre conserve également de belles pages de miniatures persanes provenant de la ville d'Hérat (où se trouve la Mosquée Bleue), qui fut un des plus grands centres d’enluminure, et ce à partir du XVe siècle. La page représentant Le prince Humay rencontre en rêve la princesse Humayun, peinte vers 1430-40 est une merveille de raffinement. Dans un jardin clos par une balustrade rouge, le prince Humay voit apparaître la princesse Humayun dont il est tombé amoureux. La scène, tirée d'un roman en vers du poète Khwaju Kirmani est un classique de la poésie arabe et persane.

Au musée Guimet : Parmi les chefs-d’oeuvre de l’art afghan du musée, vous pouvez admirer des hauts-reliefs en stuc comme le Bodhisattva Maitreya, « le génie d’André Malraux » (IVe – Ve siècle, stuc, 55 x 34 x 19 cm), provenant de la collection d’André Malraux ou le Génie aux fleurs (IVe-Ve siècle, stuc). Tous deux, caractéristiques du style Gandhara, mêlent influences hellénisantes et indiennes dans la forme et des ateliers gréco-romains d'Alexandrie dans la technique du stuc.

Fermé depuis 2016, le musée Carnavalet, musée d’histoire de la ville de Paris, a réouvert ses portes il y a quelques semaines. On vous recommande vivement d’aller le visiter, d’autant plus que l’entrée est gratuite, comme dans tous les musées de la ville de Paris (il faut quand même penser à réserver un créneau de visite). On vous détaille quelques-unes des raisons qui font qu’on adore ce musée, particulièrement depuis sa réouverture et la nouvelle présentation des collections permanentes.

D'abord, l’architecture du bâtiment mérite le détour: le musée Carnavalet s’étale dans deux hôtels particuliers, l’Hôtel des Ligneris (dit Carnavalet) et l’hôtel Pelletier de Saint-Fargeau. Le premier, par lequel on entre dans le musée, est un des plus anciens hôtels particuliers dits « entre cour et jardin », et fut édifié par Pierre Lescot au milieu du XVIe siècle. La façade du fond de la cour est ornée de sculptures en bas-reliefs de Jean Goujon et de son atelier qui représentent les quatre saisons. Ces deux noms vous sont peut-être familiers : il s’agit de l’architecte et du sculpteur à qui l’on doit la partie occidentale de la cour carrée du Louvre, considérée comme un manifeste de l’architecture française de la Renaissance.

Ensuite, le musée Carnavalet possède une fantastique collection de plafonds et décors anciens, qui sont particulièrement bien mis en valeur dans le nouveau parcours.

Des dispositifs de médiation astucieux vous invitent à lever les yeux pour admirer ce qui se trouve au plafond, constitués de miroirs accompagnés d’explications historiques et iconographiques qui vous éviteront le torticolis !

Parmi toutes ces merveilles qui sont parvenues jusqu’à nous, ne manquez pas les boiseries peintes et sculptées du Cabinet de l’hôtel Colbert de Villacerf (vers 1650), qui constituent un des rares ensembles complets de « lambris à la française » du XVIIe siècle.

Un coup de coeur pour les plafonds de l’Hôtel La Rivière (1652-8), un des grands chantiers parisiens de Charles Le Brun, bien avant qu’il ne travaille Vaux-Le-Vicomte pour Fouquet et au Louvre et à Versailles pour Louis XIV. L’organisation de ces plafonds est néanmoins similaire (rappelant par exemple les réalisations de Le Brun pour les Grands appartements du roi à Versailles) : sur le plafond de la grande chambre, la partie centrale représente L’Apothéose de Psyché (ci-dessous) entourée au niveau des quatre voussures des muses, tandis que les pans des voussures sont ornés de tableaux rapportés racontant les aventures de Psyché.

L’Escalier de Luynes est particulièrement impressionnant : il s’agit d’un décor peint en trompe-l’oeil par les Brunetti en 1748, transposant en format monumental les personnages des fêtes galantes mises au goût du jour au début du siècle par Watteau.

Lors de votre visite, ne manquez pas le décor d’Alphonse Mucha art nouveau de la Bijouterie Fouquet ou la très impressionnante Salle de bal de l’hôtel Wendel de José Maria Sert, dernier représentant de la « Grande peinture ».

Une des spécificités remarquables du musée : les reconstitutions d’intérieurs ou « period rooms », mêlant éléments de décoration et mobilier. Le Salon de Gilles Demarteau (ci-contre), orné des panneaux décoratifs de François Boucher et de son atelier (1765-70) est tout à fait extraordinaire. Gilles Demarteau a gravé une grande partie de l’oeuvre peint de Boucher, et demanda à ce dernier de décorer le salon de son appartement, sur l’île de la cité. Pour ces panneaux pittoresques, peuplés d’animaux et recréant une campagne bucolique, Boucher fut assisté de deux autres grands noms de la peinture du Siècle des Lumières, Jean-Honoré Fragonard et Jean-Baptiste Huet.

L’ensemble a été complètement restauré pour la réouverture du musée et est agrémenté de sièges, tables et lustres, nous permettant d’avoir une idée de la fonction première de ce décor.

Un des chefs-d’œuvre de mobilier conservé et exposé au musée Carnavalet est le Bureau de Madame de Sévigné, qui vécut dans l’hôtel particulier qui abrite le musée à partir de 1677 jusqu’à sa mort en 1696. Le bureau, en plus d’évoquer la passion de la marquise pour l’écriture, est un des rares exemples de meuble réalisé en Chine pour le compte de la Compagnie des Indes. Réalisé vers 1690, ce bureau mêle sur ses panneaux de laque des ornementations d’inspiration occidentale, avec des guirlandes de fleurs, des fruits et des scènes plus typiques de la tradition chinoise sur les côtés, avec des oiseaux posés dans des branchages.

Enfin, ne passez pas à côté des magnifiques peintures de la collection du musée, comme le Portrait de François Ier par Joos Van Cleve (vers 1530-5) ou le Portrait de Madame Récamier par François Gérard (ci-contre).

Vous l’aurez compris, le musée Carnavalet est un régal pour les amateurs d’art ancien, mais ceux qui préfèrent les oeuvres plus contemporaines y trouveront également leur compte : dans le projet de rénovation, l’accent a été porté sur la mise en valeur des objets et oeuvres d’art de cette période.

Un conseil : prévoyez une demi-journée pour profiter du musée ou choisissez d’y revenir car il y a beaucoup de choses à voir (625 000 œuvres, de la préhistoire à nos jours : Peintures, sculptures, maquettes, enseignes, dessins, gravures, affiches, médailles et monnaies, objets d’histoire et de mémoire, photographies, boiseries, décors et pièces de mobilier…), à découvrir et devant lesquelles s’émerveiller !

Pour réserver votre créneau de visite - Pour organiser une visite guidée du musée avec ma-tisse

Depuis la réouverture des musées le 19 mai dernier, les musées nous proposent un superbe programmation d'expositions temporaires. Notre sélection, si vous restez un peu à Paris ou si vous passez par là cet été !

1. Elles font l’abstraction, Centre Pompidou, jusqu’au 23 août 

On vous parle sans cesse de cette expo, elle a vraiment été un coup de cœur pour nous : un vrai point de vue et de belles découvertes et remises en questions historiques. 

Coup de cœur pour les œuvres de la suédoise Hilma af Klint, rarement présentées en France et pourtant si impressionnantes, qui ouvrent l’exposition. Et pour finir l'exposition : un tableau monumental du APY Art Center Collective, œuvre collective réalisée par des femmes issues de communautés aborigènes du sud de l’Australie.

En savoir plus - Présentation de l'expo par une des commissaires, Christine Macel


2. Les origines du monde, Musée d’Orsay, jusqu’au 18 juillet 

Cette exposition organisée avec le Museum national d’histoire naturelle retrace le développement des sciences naturelles et l’impact de ces découvertes dans les arts plastiques. De l’homme préhistorique aux dinosaures, on comprend la révolution et les remises en question opérées par cette nature nouvelle. Le croisement entre objets du patrimoine scientifique et objets d’arts provenant du Louvre, du musée d’Orsay ou d’autres très prestigieuses collections permet une mise en perspective nouvelle et plutôt rafraîchissante !

Le musée d’Orsay est décidément à la pointe quand il s’agit de proposer de nouveaux regards sur les oeuvres d’art.

Nos coups de coeur dans cette exposition : les Panaches de mer, lithophytes et coquilles d’Anne Vallayer-Coster (1769, musée du Louvre), les deux tableaux d’Hilma af Klint (dont HaK27, Group II, The Eros Series no. 2, 1907), bien représentées dans les musées en ce moment, ou la cimaise confrontant l’Origine du monde de Gustave Courbet (1866, musée d’Orsay) et la Coquille d’Odilon Redon (1912, musée d’Orsay).

Ne traînez pas, l’exposition se termine dimanche !

Plus d'infos - L'art et la matière (France Culture) consacrée à l'expo


3. The Power of My Hands, Afrique(s) : artistes femmes, Musée d’art moderne de la ville de Paris, jusqu’au 22 août 

Organisée dans le cadre de la Saison Africa2020, cette exposition présente le travail de seize artistes femmes issues de pays africains et de la diaspora, dont les oeuvres rendent compte de problématiques sociales, de leur rapport à leur vie personnelle, à l’espace intime et public. 

L’exposition tire son nom d’une oeuvre d’une jeune artiste, Kyezua, née en 1988 à Luanda en Angola, mettant en avant l’importance de la coiffure, des tresses, de leur enjeu social, de leur rôle identitaire.

Coup de coeur pour les toiles de Portia Zvavahera, née en 1985 à Harare, Zimbabwe, inspirées d’un rêve de l’artiste.

Plus d’infos - Pour écouter les commissaires parler de l'expo


4. Femmes peintres 1780 - 1830, naissance d’un combat, Musée du Luxembourg, jusqu’au 25 juillet 

Une très belle exposition de peinture ancienne, qui montre que l’invisibilisation des artistes femmes, dans leurs carrières et dans l’histoire de l’art, concerne toutes les époques.

Si l’exposition s’ouvre sur la plus célèbre des peintres femmes de cette époque, Elisabeth Vigée Le Brun, elle nous permet de découvrir les oeuvres d’artistes dont les noms ont été aujourd’hui oubliés et qui étaient pourtant à leur époque exposées et collectionnées. L’exposition permet de remettre à leur place ces artistes, la variété de leur travail, des sujets, des styles, et cela notamment en ne traitant qu’une courte période chronologique, autour des années de la Révolution française. 

Plus d’infos - L'expo décryptée par Magaux Brugvin


5. Dali, l’énigme sans fin, Atelier des lumières, jusqu'au 2 janvier 2022

Même si Salvador Dalí est loin d’être notre artiste préféré, la mise en scène de ses oeuvres par l’Atelier des Lumières est époustouflante.

On a l’habitude de spectacles grandioses et immersifs qui nous plongent dans l’univers d’un artiste le temps d’une visite, mais cette fois-ci, c’est le choix de la bande son accompagnant les oeuvres qui vaut le détour. En effet, les œuvres du surréaliste Dalí, mystérieuses et bizarres, sont projetées avec du Pink Floyd. Le côté psychédélique est ainsi bien souligné et la musique apporte une véritable profondeur aux œuvres du maître espagnol, leur redonnant du même coup un petit coup de jeune.

Le petit plus : un autre maître espagnol, Antoni Gaudí, est lui aussi mis à l’honneur dans une petite projection qui suit celle consacrée à Dalí. 

Plus d'infos


Bonus : en allant se promener à la Manufacture de Sèvres (Métro "Pont de Sèvres" sur la ligne 9) pour voir l’exposition « A table ! le repas, tout un art » jusqu’au 24 octobre 2021.

Et n’oubliez pas de réserver votre créneau de visite pour toutes ces expositions !

© 2020 - ma-tisse - Tous droits réservés
home linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram